Qui veut perdre des millions (de voix) ?

Chaque semaine écoulée apporte la confirmation que Barak Obama a, en face de lui, une brochette de candidats républicains dont l’incompétence, l’amateurisme et, pour tout dire, la bêtise surpassent tout ce qu’on pouvait imaginer.

Qui veut perdre des millions (de voix) ?
©AP

Malmené depuis longtemps dans les sondages, Barack Obama ne se croyait pas autorisé à nourrir un optimisme excessif sur ses chances de réélection l’an prochain. Mais voilà que chaque semaine écoulée apporte la confirmation qu’il a, en face de lui, une brochette de candidats républicains dont l’incompétence, l’amateurisme et, pour tout dire, la bêtise surpassent tout ce qu’on pouvait imaginer.

De quoi donner certainement des regrets à Sarah Palin, qui aurait brillé telle une supernova dans cet aréopage de derrière les fagots si elle n’avait pas jeté l’éponge prématurément. Et de quoi rassurer peut-être le Président sortant en le persuadant qu’il devrait bien se trouver une majorité d’électeurs, le 6 novembre 2012, pour avoir les yeux en face des trous.

Présenté en septembre comme l’homme providentiel, Rick Perry a d’ores et déjà inscrit son nom en lettres d’or dans les annales présidentielles américaines en devenant le tout premier candidat à oublier son propre programme. Interrogé lors d’un débat télévisé à Rochester, dans le Michigan, le 10 novembre, le gouverneur républicain du Texas a rappelé qu’il supprimerait trois "agences fédérales" (en fait des "départements" de l’Exécutif) dès son arrivée à la Maison-Blanche. Las ! Il n’est jamais parvenu à en citer que deux - l’Education et le Commerce - ne se rappelant de la troisième (l’Energie) que bien après qu’on eut éteint les lampes dans l’auditorium.

Qu’on puisse songer à supprimer des ministères aussi importants est en soi délirant, mais le phénomène n’est pas à une folie près. N’indiquait-il pas, mardi, qu’il ferait bien table rase aussi du Congrès, en se proposant dans un premier temps de réduire de moitié le salaire des parlementaires, la durée de leur présence à Washington et le budget de leurs collaborateurs. Dans un même souci d’économie, on conseillerait volontiers à Perry, s’il était élu, d’être un Président à mi-temps. Sa capacité de nuisance serait ainsi réduite elle aussi de moitié.

Herman Cain, l’ex-roi de la pizza devenu à son tour l’homme providentiel, avait déjà brillé par ses déclarations à l’emporte-pièce, mais c’est son silence qui a fait sensation lundi quand, prié par la rédaction du "Milwaukee Journal Sentinel" de commenter l’intervention en Libye, il mit un (très) long moment à comprendre la question, à situer le sujet et à bredouiller une réponse, qui s’articula néanmoins autour de l’idée qu’il aurait évidemment "fait mieux que le président Obama". On n’en doute pas et on compatit aux absences du candidat qui, sous le coup d’au moins quatre accusations de harcèlement sexuel, fouille aujourd’hui sa mémoire, non pas pour savoir ce qui s’est passé à Tripoli ou à Benghazi, mais pour se convaincre qu’il n’a jamais rencontré Dominique Strauss-Kahn au FMI et n’a pas davantage logé au Carlton de Lille.

Dans le trio des favoris pour remporter l’investiture du Parti républicain, il reste Mitt Romney. Un type sérieux, celui-là, pensera-t-on. Eh bien, peut-être moins qu’on ne le pense. Jeudi dernier, dans une tribune publiée par "The Wall Street Journal", l’ancien gouverneur du Massachusetts déclarait vouloir préparer les Etats-Unis à la guerre contre l’Iran si l’on ne parvenait pas à stopper le programme nucléaire iranien par d’autres moyens. Aux armes, citoyens ! Au feu ! Aux fous !