Triple A, ou tais-toi

Lors du lancement de l’euro, en 1999, on avait gobé le discours qui présentait la monnaie unique comme "un pas majeur vers l’intégration européenne". Ce qu’on peut être naïf, parfois...

Triple A, ou tais-toi
©Belga Epa

Lors du lancement de l’euro, en 1999, on avait gobé le discours qui présentait la monnaie unique comme "un pas majeur vers l’intégration européenne". Ce qu’on peut être naïf, parfois. Le ministre finlandais des Affaires européennes, Alexander Stubb, s’est chargé de rétablir la vérité au cours d’entretiens respectivement accordés à nos confrères de l’agence Reuters et du "Financial Times". Car l’euro, qu’on se le dise, "est un système darwinien. C’est la survie du plus fort et les marchés se chargent de cela", a déclaré M. Stubb. Que les Grecs, les Irlandais, les Portugais, les Espagnols, les Italiens, les Belges et tous les citoyens des Etats membres de la zone euro noyés, ou menacés de l’être, par la crise de la dette souveraine, se rassurent. M. Stubb ne voit "pas ces pays quitter la zone euro".

En revanche, l’ancien parlementaire européen est favorable à ce que certains des Etats qui composent l’union monétaire soient, disons, un peu plus égaux que d’autres. Selon M. Stubb, la zone euro devrait à l’avenir être cornaquée par les seuls six Etats (l’Allemagne, l’Autriche, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas et, bien évidemment, la Finlande) crédités d’un triple A par les agences de notation. Parce que, bon, vous comprenez, "un pays qui n’est pas noté triple A n’est pas le mieux placé pour vous donner des conseils sur vos finances publiques". Autrement dit, vous pouvez rester dans la salle mais dans un coin et sans faire de bruit.

Mine de rien, si l’on suit ce raisonnement, ça fait quand même onze Etats sur les dix-sept que comptent l’union monétaire qui en seraient réduits à jouer les seconds rôles. Dont des membres fondateurs de l’Union, comme la Belgique ou l’Italie, mais aussi l’Estonie, dont les comptes publics affichent une santé insolente dont ne peuvent que rêver certains pays AAA (au hasard, la France). La sincérité de l’engagement européen, la volonté d’aller plus loin dans l’intégration, c’est bien, mais ça ne suffit plus. "Vous pouvez toujours parler de noyau dur politique, mais pour être honnête, c’est du vent", poursuit Alexander Stubb. "Le vrai noyau dur, c’est celui qui est formé par les pays qui ont une note triple A" (pour ceux qui n’auraient pas compris). Et si les agences de notation se trompaient dans leur évaluation ?