Une sœur très rock and roll

Son père était un réfugié palestinien de Nazareth. Sa mère était libanaise. Elle dirige aujourd’hui le monastère Saint-Jacques-le-Mutilé de Qarah, en Syrie, qu’elle a rebâti en moins de vingt ans.

Une sœur très rock and roll
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Ch. Ly. (à Qarah)

Son père était un réfugié palestinien de Nazareth. Sa mère était libanaise. Elle dirige aujourd’hui le monastère Saint-Jacques-le-Mutilé de Qarah, en Syrie, qu’elle a rebâti en moins de vingt ans. Proche du président syrien, mère Agnès-Mariam de la Croix est une personnalité controversée mais elle a au moins une qualité - sa force de caractère - qui s’explique en grande partie par un itinéraire hors du commun. "Lorsque mon père est mort en 1967, j’avais quinze ans", dit-elle. "J’ai eu une crise existentielle. Je me suis demandé qui j’étais, où j’allais."

La jeune Libanaise fuit le domicile familial et fréquente le milieu des hippies qui viennent fumer le cannabis libanais. Pendant plusieurs années, elle fait le circuit des beatniks, va à Copenhague, à Vienne, en Inde, au Népal et même à Liège où sa première piqûre d’héroïne la plonge dans une fièvre de 42 °C et la dégoûte à jamais des drogues dures. "J’ai frayé avec des gens de San Francisco et du Hog Farm", dit-elle. "Il y avait le côté "flower power", la musique, et le côté des drogues dures, le "sex machine". Mais c’est là aussi que j’ai rencontré Jésus-Christ. Le déclic a été un voyage en Inde. Je vivais une liberté totale en dehors du système. Subitement, Dieu m’a enlevé tout. Il a pris les commandes. Ce n’était pas une aliénation, mais une libération."

Dans un virage à 180 degrés, à l’âge de dix-neuf ans, Agnès rentre chez les carmélites d’Harissa (Liban) où elle s’applique à une vie d’ascèse et de spiritualité. Elle y vivra la guerre du Liban, de 1975 à 1990. Le carmel n’est qu’à quinze kilomètres de Beyrouth et les réfugiés affluent. Sa supérieure lui confie, après deux décennies de carmel, la mission de fonder un nouveau monastère dans la vallée sainte du Liban nord. Mais le hasard d’un voyage en Syrie et d’une rencontre avec le père Paolo, du monastère de Mar Mousa, lui feront découvrir les ruines du monastère de Qarah. Elle s’attellera à sa restauration, avec deux autres sœurs, à partir de 1994.