Des dispensaires clandestins pour les victimes des snipers

Dans une rue du quartier Al Bayada, le médecin soulève le rideau de fer d’une petite boucherie désaffectée, laissant apercevoir une table transformée en "table d’opération".

Des dispensaires clandestins pour les victimes des snipers
Jérôme Bastion, en reportage à Homs

Dans une rue du quartier Al Bayada, le médecin soulève le rideau de fer d’une petite boucherie désaffectée, laissant apercevoir une table transformée en "table d’opération". Le matelas est souillé du sang encore frais d’une femme qui n’a pas survécu à ses blessures. A côté, une simple sacoche bourrée de matériel médical de première urgence, c’est tout ce qui permettra de prodiguer les premiers soins aux habitants du quartier tombant sous les balles des tireurs embusqués sur les toits des immeubles.

De jour comme de nuit (avec des lunettes à visée nocturne), ces snipers visent les civils sans distinction, hommes, femmes ou enfants, qui constituent 90 % des dizaines de victimes quotidiennes de la répression. Il faut vite refermer pour ne pas attirer l’attention. "Nous recevons ici 3 ou 4 blessés par jour, explique ce médecin bénévole. Nous stoppons l’hémorragie et évacuons la victime vers un endroit plus sûr".

A quelques rues de là, dans le quartier de Khalidiye, juste après une manifestation visée par une fusillade, un blessé ensanglanté arrive dans une voiture qui pile devant une entrée d’immeuble. Il en est rapidement extrait pour être soigné dans un ancien atelier textile, derrière l’escalier de l’entrée. La balle est entrée par le dos et ressortie par l’abdomen. Le médecin vérifie qu’il ne reste aucun projectile dans le corps du jeune homme, pose un drain et referme la blessure. Le médecin explique que c’est tout ce que l’on peut faire pour l’instant : "Demain, ou le jour d’après s’il y a trop de barrages des forces de sécurité, on essayera de le faire admettre dans le seul hôpital privé de la ville. Mais entre-temps, Dieu seul sait s’il survivra".

Sur le lit voisin, un autre blessé a plus de chances de s’en sortir. La balle du sniper lui a traversé le mollet. Il repart se cacher chez lui en boitillant. Tout près de l’avenue du Caire, un autre dispensaire de fortune reçoit à son tour un blessé léger au crâne éraflé.

Dans la pièce voisine, le corps sans vie d’un jeune homme fauché en plein après-midi par un tir qui l’a atteint à la poitrine. Au même endroit, la veille, une femme a, elle aussi, perdu la vie pour être sortie faire ses courses.