Refonder l’Europe

Refonder l’Europe est une bonne idée. Mais refonder l’Europe, en 2012, ce n’est pas faire comme si on sortait d’une guerre mondiale.

Gilles Milecan
Refonder l’Europe
©AP

Cela ne s’entame pas en s’imaginant un képi sur la tête et tendant la main à l’adversaire d’hier. Cela ne s’établit pas en tandem alors que 25 autres nations pédalent déjà dans le peloton. Cela ne séduit personne si les formules sonnent au mieux comme des redites, au pire comme une retraite.

En ne prenant en compte que l’Allemagne, Nicolas Sarkozy n’est pas loin de se tromper de siècle. Il n’est plus question de rassembler un noyau de pionniers, il existe. C’est même plus qu’un noyau et il y a du monde qui souhaite s’y greffer.

Si la France, ou l’Allemagne, ou quiconque, a une nouvelle esquisse sous le coude, qu’elle la soumette à tous ses partenaires simultanément. Par égard.

En privilégiant un interlocuteur aux autres, fut-il le plus costaud de la bande, des "catégories" mais surtout des "sous-catégories" se dessinent. La musculation, les oppositions "de principe" et l’installation de rapports de force ne tardent jamais. Et une Union, cela ne se bâtit pas sur des rapports de force.

La question à poser aujourd’hui n’est pas "qui veut suivre l’Allemagne (et la France) ?" mais "quelle(s) plus-values trouvons-nous et quels autres bénéfices souhaiterions-nous retirer de l’Union européenne ?"

Ce n’est pas un exercice rhétorique ou même introspectif, c’est une occasion d’entendre des conceptions diverses, voire divergentes, et de voir, dans un second temps, émerger des idées façonnées en commun. A défaut, les pays européens stagneront, comme c’est tristement le cas pour l’instant, à l’étage du "je ne compte pas laisser une personne d’une autre nationalité donner son avis sur quoi que ce soit qui me concerne et encore moins lui concéder une quelconque influence sur ma situation".

Cette attitude, rétrécie à l’échelle d’un seul pays, d’une région, d’une ville interdirait à un habitant d’un quartier trop éloigné (disons 400 mètres) de s’impliquer dans la vie publique au-delà du coin de sa rue.

L’uniformisation épouvante. Elle paralyse les timorés, encourage le repli identitaire. Elle huile le ressort de la contamination/destruction/absorption par l’autre, tellement "pas comme nous".

Refonder l’Europe, cela nécessite une réflexion dépassant le bout de son nez. Cela ne tient pas sur quelques pages A4. C’est surtout entendre ce que disent les autres plutôt que s’écouter parler. La prise en compte de ce qui serait exprimé nourrirait une confiance mutuelle.

Et la confiance, ça, c’est un chouette début pour fonder quelque chose.