Gulnaz, 19 ans, violée, mère, emprisonnée...

On croirait lire un conte cruel, mais c’est une histoire vraie. Une histoire qui n’est pas d’un autre âge, mais se passe maintenant, dans l’Afghanistan d’aujourd’hui, en 2011. Non pas dans des montagnes inaccessibles, au milieu de nulle part, mais à Kaboul, la capitale afghane, où vivent et travaillent des milliers de militaires, d’experts et d’humanitaires occidentaux.

On croirait lire un conte cruel, mais c’est une histoire vraie. Une histoire qui n’est pas d’un autre âge, mais se passe maintenant, dans l’Afghanistan d’aujourd’hui, en 2011. Non pas dans des montagnes inaccessibles, au milieu de nulle part, mais à Kaboul, la capitale afghane, où vivent et travaillent des milliers de militaires, d’experts et d’humanitaires occidentaux.

Gulnaz, 19 ans, est en prison (et on imagine le charme irrésistible des prisons afghanes) depuis deux longues années pour "adultère". En fait, la jeune femme a été violée par un proche. Elle a mis au monde, dans cette prison, l’enfant né du viol, et elle élève dans sa cellule cette petite fille - de quoi bien la préparer, somme toute, à sa future condition de femme afghane.

La "justice" avait d’abord condamné Gulnaz à deux ans d’emprisonnement, mais celle-ci a eu l’outrecuidance de faire appel et la peine a été portée à douze ans. Un dernier tour de la roue de la fortune version afghane a finalement ramené la sentence à trois ans.

L’affaire a été médiatisée, de curieuse façon. L’Union européenne a financé à concurrence de 70000 euros un documentaire (réalisé par Clémentine Maupas) consacré à Gulnaz et à une de ses compatriotes condamnée, quant à elle, à six ans de prison pour avoir osé fuir un mari qui la battait. Mais l’UE n’a jamais autorisé la diffusion du film, au motif qu’il aurait mis en danger les personnes qu’on y voit. La vérité semble plus prosaïque: l’Europe ne voulait pas irriter les responsables afghans avec qui elle tente de coopérer.

Une pétition a finalement convaincu le président Hamid Karzaï de gracier Gulnaz. C’était il y a une dizaine de jours et la pauvre femme est toujours en prison, s’indigne son avocate, l’Américaine Kimberley Motley (une ex-reine de beauté du Wisconsin). La Présidence afghane assure avoir envoyé la lettre de grâce au ministère de la Justice, mais celui-ci jure ne l’avoir pas reçue. Il faudrait peut-être privatiser la poste en Afghanistan.

Si elle finit par recouvrer la liberté, Gulnaz n’aura pas pour autant droit au bonheur. Après avoir tenté de lui imposer cette solution pour prix de sa libération, les autorités afghanes "conseillent" désormais fortement à la jeune femme d’épouser son violeur, pour la soustraire à de possibles représailles de la part d’un homme qui pourrait estimer son honneur bafoué. On évoque aussi un "mariage croisé", par lequel la sœur de l’agresseur épouserait le frère de la victime. Tout le monde serait censé être content.

Ce qui est rassurant, c’est de penser que ceci arrive alors que les talibans ne sont pas encore de retour au pouvoir à Kaboul et que la force internationale qui devait ancrer la démocratie et le respect des droits humains en Afghanistan n’a pas encore quitté le pays.