Des chars à Kinshasa après les propos de Tshisekedi

A la veille de l'investiture du président de la République du Congo Joseph Kabila après sa réélection contestée, des chars ont pris position lundi à Kinshasa à la suite des déclarations de son rival Tshisekedi, autoproclamé "président élu" et qui veut aussi prêter serment cette semaine.

Des chars à Kinshasa après les propos de Tshisekedi

Lundi matin Kinshasa était à nouveau quadrillée par la police et l'armée, comme le 9 décembre après l'annonce des résultats provisoires de la présidentielle à un tour du 28 novembre qui avait déclenché des violences dans la capitale. Mais cette fois des chars de la Garde républicaine ont aussi été positionnés en différents lieux, ont constaté des journalistes de l'AFP.

La police est très présente dans le quartier populaire de Limete (banlieue est) où se trouve le siège de l'Union pour la Démocratie et le Progrès social (UDPS), le parti de M. Thisekedi qui a sa maison non loin. Quelques militants de l'UDPS y ont été dispersés à coup de grenades lacrymogènes dans la matinée, a constaté l'AFP. "C'est pour la population que ces chars sont là. C'est pour l'aider à se mouvoir aisément. Et pour sécuriser les visiteurs importants" attendus pour l'investiture et la prestation de serment du président Kabila mardi matin, a assuré le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, à la radio Okapi, parrainée par l'ONU.

L'éternel opposant Etienne Tshisekedi, 79 ans, rejette depuis le début le résultat de l'élection, confirmés par la Cour suprême et le donnant perdant face à M. Kabila, 40 ans, réélu pour cinq ans avec 48,95% des suffrages contre 32,33% à son rival, lors d'un scrutin marqué par de multiples irrégularités. A Limete, la maison de l'opposant autoproclamé "président élu" depuis le 9 décembre, est devenue sa "présidence de la République".

Sous un abri dans son jardin, assis à une table, le drapeau congolais hissé derrière lui, le leader de l'UDPS a soufflé le chaud et le froid dimanche dans une déclaration aux Congolais. Il a demandé à la population de rester calme "parce que quelqu'un qui est vainqueur ne s'agite pas", et s'est refusé à appeler à des manifestations, contredisant l'UDPS qui avait évoqué des "marches pacifiques".

M. Tshisekedi a annoncé qu'il allait prêter serment vendredi dans le stade des Martyrs de Kinshasa, près duquel des chars avaient pris place lundi, avant d'affirmer que le gouvernement était "démis", et d'enjoindre soldats, policiers et fonctionnaires de "n'obéir qu'à (son) autorité légitime". Il a même appelé à capturer Joseph Kabila, qualifié de "fauteur en eaux troubles", promettant une "récompense très importante" à celui qui "l'amènera ici ligoté".

La réaction du camp Kabila a été immédiate: "énième vaste blague" d'un opposant "fatigué politiquement", "mauvais perdant", qui "ne peut plus mobiliser la population", a répondu Aubin Minaku, secrétaire général de la Majorité présidentielle (MP). M. Tshisekedi est "en train d'exercer une réelle rébellion contre les institutions", "c'est un appel infractionnel, criminel (...) pour que le sang coule. Nous ne pouvons le tolérer", a prévenu M. Minaku. "Tshisekedi recherche un déferlement populaire afin qu'il y ait des bévues du côté de la police (...), nous avons pris des dispositions, la police ne tombera pas dans ce piège", a ajouté le chef de la MP.

Pour le directeur du programme Afrique centrale à l'ONG International Crisis Group (ICG), Thierry Vircoulon, "c'est excessif de dire que c'est un appel à la rébellion, c'est plutôt le retour d'une technique politique qui a malheureusement fait la preuve de son inefficacité". Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a lancé lundi un "message de dialogue et d'abstention de toute violence" des deux côtés. A Bruxelles, le nouveau chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, avait regretté samedi dans un communiqué l'absence d'"examen plus approfondi, critique et indépendant des résultats" par la CSJ. Il a renoncé à se rendre à Kinshasa - comme il l'avait un moment envisagé - pour la prestation de serment du président Kabila prévue mardi.


Sept personnes tuées par des rebelles hutus rwandais Sept personnes ont été tuées dans la nuit de dimanche à lundi dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) par des rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), a rapporté la radio onusienne Okapi, citant des sources locales. Ces sept personnes ont péri dans la localité de Bukumbirwa, située dans le territoire de Walikale, une localité située à environ 100 km au nord-ouest du chef-lieu de la province du Nord-Kivu, Goma. Selon des notables de ce territoire, cette tuerie intervient une semaine après une autre qui a coûté la vie à quatre personnes dans le groupement Waloa Yungu. Selon eux, ces actes sont planifiés par des rebelles des FDLR en représailles à la mort du colonel Sadiki, un officier de cette rébellion hutue rwandaise assassiné par une milice congolaise en novembre dernier, a précisé Radio Okapi, parrainée par l'ONU. Le colonel Sadiki, de son vrai nom Jean Marie-Vianney Kanzeguhera, un haut responsable des FDLR/Foca (Forces combattantes Abachunguzi), avait été tué le 19 novembre par des militaires des Forces armées de la RDC à Mapembe, dans le territoire voisin de Masisi. Basées dans l'est de la RDC et comptant encore de 2.500 à 5.000 combattants selon les sources, les FDLR, dont certains sont soupçonnés d'avoir participé au génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, sont considérés comme l'un des principaux fauteurs d'insécurité dans la région des Grands Lacs africains. Le Rwanda en recherche certains pour leur rôle présumé dans le génocide, qui a fait quelque 800.000 morts selon l'ONU, majoritairement d'ethnie tutsie.


À l’occasion de l’investiture du Président Kabila, Hubert Leclercq répondra à vos questions ce mardi dès 12h


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