RDC: villes mortes ce mardi?

Le mot d’ordre de l’UDPS, le parti d’Etienne Tshisekedi, pour que la population observe ce mardi une journée "villes mortes" dans tout le Congo sera-t-il respecté ?

RDC: villes mortes ce mardi?
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Marie-France Cros

Le mot d’ordre de l’UDPS, le parti d’Etienne Tshisekedi, pour que la population observe ce mardi une journée "villes mortes" dans tout le Congo sera-t-il respecté ? C’est ce mardi que Joseph Kabila doit prêter serment pour un troisième quinquennat après avoir été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle par la Commission électorale (Ceni), présidée par un de ses parents, et par la Cour suprême, dont il a nommé presque tous les juges, bien que de graves irrégularités aient été constatées par de nombreux observateurs électoraux, journalistes et ONG.

Etienne Tshisekedi, soutenu par un de ses rivaux, Vital Kamerhe, et par l’Eglise catholique (qui disposait de plus de 30 000 observateurs), affirme au contraire que c’est lui qui a été élu. Il a produit dimanche soir, à Kinshasa, à l’appui de ses dires, un document de 500 pages élaboré par l’UDPS et reprenant "bureau de vote par bureau de vote" les procès-verbaux affichés sur ces derniers le jour du scrutin. Une copie de ces PV devait ensuite être envoyée au centre régional de compilation (169 en tout), puis au bureau central de la Ceni. Les résultats produits par cette dernière, toutefois, ne correspondent pas, dans bien des cas, aux PV initiaux.

S’étant autoproclamé vainqueur de la présidentielle, Etienne Tshisekedi dédouble le pouvoir en déclarant "démissionnaires" le gouvernement Muzito ainsi que les gouverneurs de province, acquis à M. Kabila, et les ambassadeurs du Congo à l’étranger. Il a annoncé dimanche soir qu’il prêterait serment vendredi prochain au stade des Martyrs de Kinshasa et a invité "tous les Kinois" à "participer à cette manifestation historique marquant la réappropriation, de la part du peuple congolais, de sa destinée". S’il a appelé au calme et refusé d’inciter ses partisans à manifester dans la rue, Tshisekedi a "enjoint" à l’armée "de n’obéir qu’à l’autorité légitime" et a promis une "récompense très importante" à qui lui "amènera" Joseph Kabila "ligoté".

Dès lundi matin, des chars étaient déployés dans la capitale - "pour la population", a assuré le porte-parole du gouvernement - ainsi que la garde présidentielle. La police était massivement présente dans le quartier de Limete, où vit Tshisekedi et où son parti a son siège.

La prestation de serment de Joseph Kabila aura lieu à la Cité de l’OUA, à Ngaliema, soit loin de la foule et à côté du ministère de la Défense, du camp militaire Tshatshi et du siège de l’état-major général. Pour plus de sûreté, on a annoncé lundi après-midi que mardi serait jour de congé; les gens devraient donc rester dans les cités, loin du centre.

En attendant, les conflits sur les législatives se multiplient. Des partisans de deux partis de la majorité présidentielle, Palu et ADD, se sont affrontés à Gungu (Bandundu) sur des allégations de fraude en faveur du premier. En Province orientale, le gouverneur est accusé de contrôler la Ceni locale, dont il avait recommandé les agents lors du recrutement, ainsi que le décompte des voix. A Isiro, des agents de la Ceni pris en flagrant délit de fraude en faveur du ministre des Travaux publics Bulupy et poursuivis en justice n’ont pas été sanctionnés, mais le plaignant, leur chef, a été condamné à un mois de prison et 100 000 FC d’amende.