Deux journalistes en grève sont licenciés

La liberté de la presse et la démocratie se sont de nouveau pris une claque, en Hongrie.

Deux journalistes en grève sont licenciés
©Olivier Pirard
St. G. (avec AFP)

La liberté de la presse et la démocratie se sont de nouveau pris une claque, en Hongrie. La société de médias publics hongroise MTVA a annoncé mardi qu’elle avait licencié deux journalistes qui observaient une grève de la faim pour protester contre la mainmise du gouvernement sur la presse. La MTVA, qui regroupe la radio-télévision publique et l’agence de presse MTI, "a mis un terme au contrat de travail de Balazs Nagy Navarro et Aranka Szavuly avec effet immédiat au 27 décembre”, selon un communiqué qui prétend que les deux journalistes “ont violé la loi sur la presse” et le code des médias publics interdisant l’expression d’une opinion politique.

Le dirigeant syndical Nagy Navarro et le syndicaliste Szavuly observent, depuis le 12 décembre, une grève de la faim devant le bâtiment de la télévision publique, pour protester contre l’immixtion du gouvernement dans les programmes d’information. L’AFP rapporte que des hauts-parleurs, diffusant une musique stridente, tentaient de brouiller leur action.

Aranka Szavuly a déclaré à l’agence de presse qu’ils n’étaient pas au courant de leur licenciement et qu’ils “poursuivraient leur action […] malgré les méthodes apparentées à celles de la Gestapo” de leur employeur. La télévision hongroise avait déjà tenté de licencier les deux journalistes, il y a quelques semaines. Elle n’y était pas parvenue face à la résistance des syndicats, a déclaré Nagy Navarro.

Cette action de protestation intervient presque un an après l’adoption d’une loi considérée, tant localement qu’à l’étranger, comme une atteinte à la liberté de la presse, dans un pays membre de l’Union européenne. Cette loi sur la presse, entrée en vigueur le 1er janvier 2011, a notamment mis en place le Conseil des médias, où Viktor Orban a installé des fidèles.

Cette nouvelle atteinte à la démocratie en Hongrie interpelle, au-delà des frontières européennes. La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a réitéré ses inquiétudes au sujet du respect des libertés en Hongrie, dans une lettre adressée au Premier ministre Viktor Orban. Selon le quotidien hongrois de gauche Nepszabadsag, qui cite des sources diplomatiques non précisées à Washington, la missive porte notamment sur l’équilibre des pouvoirs en Hongrie, une réforme contestée du système judiciaire et les restrictions à la liberté de presse et de culte. Hillary Clinton critique également la récente décision des autorités de retirer à Klubradio, la seule radio nationale d’opposition, sa licence de diffusion, ajoute Nepszabadsag.

Au cours d’une visite en Hongrie en juin dernier, la secrétaire d’Etat américaine avait déjà demandé au gouvernement de Viktor Orban de préserver les institutions démocratiques du pays et de faire preuve d’un “réel engagement envers l’indépendance de la justice, la liberté de la presse et la transparence” de la politique gouvernementale.