La violence des colons exaspère Netanyahou

Il aura fallu que les colons s’attaquent à des soldats israéliens pour que le gouvernement Netanyahou décide de sévir contre l’activisme croissant au sein des 300 000 juifs implantés aujourd’hui en Cisjordanie.

Renée-Anne Gutter
La violence des colons exaspère Netanyahou
©EPA

Correspondante à Jérusalem

Une déclaration de guerre", s’est insurgée l’Autorité palestinienne à Ramallah, le 15 décembre, après que des colons juifs eurent pour la énième fois incendié une mosquée en Cisjordanie. "Un désastre qu’il faut stopper", a déclaré le président israélien, Shimon Pérès, en réaction à cette violence juive. Mais il aura fallu que les colons s’attaquent à des soldats israéliens pour que le gouvernement Netanyahou décide de sévir contre l’activisme croissant au sein des 300 000 juifs implantés aujourd’hui en Cisjordanie.

Car pour ce qui est des exactions des colons contre leurs voisins palestiniens, cela fait des années qu’ils jouissent d’une impunité quasi totale. La presse israélienne et les défenseurs israéliens des droits de l’homme ne cessent de l’épingler. Des colons s’en sont déjà pris par le passé à l’armée en Cisjordanie. Notamment, pour empêcher l’évacuation de colonies sauvages. Mais cela se limitait à crever des pneus de jeep et saccager du matériel.

Le 13 décembre, des dizaines de colons faisaient irruption dans une base militaire, y vandalisant des équipements, injuriant les soldats et blessant le commandant à coups de pierres. Des forces de l’ordre ont réussi à les disperser, mais aucun d’eux n’a été arrêté.

En réaction, le Premier ministre Netanyahou a pour la première fois autorisé l’application de mesures sévères contre ces activistes juifs. Ils pourront notamment être expulsés de Cisjordanie, jugés en cour martiale ou placés en détention administrative sans procès. Ces deux dernières mesures sont d’habitude réservées aux Palestiniens.

Encore faut-il que la police mette la main sur ces activistes juifs. Ce qui est rarement le cas, bien que ceux-ci se déchaînent depuis longtemps contre les Palestiniens. Car faisant eux-mêmes partie du dispositif sécuritaire dans les territoires palestiniens et étant protégés par l’échelon politique, les colons jouissent de l’indulgence de la police et de l’armée.

Même depuis que les extrémistes parmi eux ont intensifié leurs attaques contre la population palestinienne, ces dernières années, dans le cadre de leur politique du "prix à payer". Un prix qu’ils font payer chaque fois qu’ils estiment leur mainmise sur la "Judée-Samarie" (la Cisjordanie) menacée. Notamment ces jours-ci, alors que l’armée israélienne redouble d’efforts pour démanteler des colonies "sauvages", ces points d’implantation juive établis depuis les années 1990 hors des colonies "officielles", sans permis du gouvernement israélien.

Pour embarrasser Israël, les "prix à payer" s’axaient jusqu’il y a peu sur des cibles palestiniennes en Cisjordanie : incendies de mosquées, profanations de tombes musulmanes, slogans antimusulmans sur les murs, destruction d’oliveraies, bris de vitres de maisons et de voitures.

Mais récemment, ils se sont étendus à des militaires israéliens, et ont même débordé en Israël même, avec un cimetière musulman profané à Jaffa près de Tel-Aviv, une mosquée incendiée dans un village bédouin près de Tibériade, des menaces de mort contre le mouvement "Paix maintenant", et une mosquée incendiée mercredi à Jérusalem.

Autant d’actions dans lesquelles les services secrets israéliens voient les prémices d’un terrorisme juif organisé, mais dont les auteurs ont rarement été appréhendés. Même chose d’ailleurs pour les maux causés aux Palestiniens par les soldats en Cisjordanie. Selon un récent rapport de l’ONG israélienne, Yesh Din, 96,5 % des plaintes déposées par des Palestiniens auprès de la police militaire israélienne restent sans suite.

Par manque de personnel et de moyens dont souffre la police, et parce que bon nombre de Palestiniens finissent par retirer leur plainte ou leur témoignage par crainte de représailles administratives d’Israël.