Tanya Rosenblit, Rosa Parks d'aujourd'hui

Jusqu’au 16 décembre, Tanya Rosenblit, 28 ans, se contentait de concilier tranquillement son métier de traductrice et ses études à la Camera Obscura School of Arts de Tel Aviv. Ce jour-là, elle prit un bus de la compagnie Egged qui dessert la ligne 451 entre Ashdod et Jérusalem. Depuis, tout le monde la connaît en Israël, et au-delà.

Tanya Rosenblit, Rosa Parks d'aujourd'hui
©AP

Jusqu’au 16 décembre, Tanya Rosenblit, 28 ans, se contentait de concilier tranquillement son métier de traductrice et ses études à la Camera Obscura School of Arts de Tel Aviv. Ce jour-là, elle prit un bus de la compagnie Egged qui dessert la ligne 451 entre Ashdod et Jérusalem. Depuis, tout le monde la connaît en Israël, et au-delà.

Le bus transportait des juifs ultra-orthodoxes. Bien que minoritaires (10 % de la population en Israël, 25 % à Jérusalem), ces "haredis" imposent avec de plus en plus de détermination une interprétation doctrinaire de la Loi juive, bannissant, par exemple, l’image de la femme (ou d’une fillette) dans la publicité. Selon eux, hommes et femmes doivent monter par des entrées séparées dans les autobus, où les premiers vont s’asseoir devant et les secondes à l’arrière.

Tanya, elle, s’était assise derrière le chauffeur, provoquant la fureur des autres passagers, à tel point qu’un agité plus enragé que les autres décida d’immobiliser le bus et provoqua un attroupement. Un policier dut intervenir et, non sans avoir vainement invité Tanya à aller s’asseoir à l’arrière, dispersa la petite manifestation. Révélée par les réseaux sociaux, l’affaire est remontée jusqu’au gouvernement et a provoqué un beau tollé.

Tanya Rosenblit est à présent comparée à Rosa Parks, cette jeune femme noire qui, le 1er décembre 1955, défia les lois sur la ségrégation raciale en Alabama en s’asseyant dans l’espace réservé aux Blancs dans un bus de Montgomery. Sauf que là, la police avait fait descendre Rosa Parks (et l’avait arrêtée).

La comparaison se justifie dans la mesure où l’incident révèle un développement préoccupant des discriminations en Israël, et plus seulement à l’égard de la population arabe. Les femmes sont les principales victimes d’une conception rétrograde de la religion qui fait inévitablement penser aux sociétés musulmanes les plus conservatrices - rapprochement peu flatteur s’il en est pour l’Etat Hébreu. Mais l’hydre obscurantiste a plusieurs têtes.

En octobre 2010, les parents ashkénazes de l’école Beth-Ya’acov d’Immanuel, une colonie juive des Territoires occupés, avaient défrayé la chronique. Ils voulaient protéger leurs bambins de l’influence néfaste des enfants de familles sépharades venues s’installer dans le village. Ils avaient exigé qu’un mur coupe la cour de récréation en deux, que des entrées distinctes soient aménagées, et que les élèves des deux communautés portent des costumes différents. Ils obtinrent finalement leur cher ghetto en créant leur propre école.