Journée test contre le sexisme en Israël

Plusieurs milliers d’Israéliens ont manifesté mardi dans la petite ville de Beit Shemesh, près de Jérusalem, contre la ségrégation des femmes et la violence religieuse qu’une frange d’ultra-orthodoxes juifs cherche à étendre dans le pays.

Renée-Anne Gutter
Journée test contre le sexisme en Israël
©EPA

Correspondante à Jérusalem

Plusieurs milliers d’Israéliens ont manifesté mardi dans la petite ville de Beit Shemesh, près de Jérusalem, contre la ségrégation des femmes et la violence religieuse qu’une frange d’ultra-orthodoxes juifs cherche à étendre dans le pays.

Venus de partout en Israël, il y avait parmi eux des laïcs et des religieux modérés, des jeunes et moins jeunes, ainsi que des politiciens de la droite au pouvoir et de l’opposition centre-gauche.

La police était sur pied de guerre pour contenir d’éventuels contre-manifestants ultra-orthodoxes. Mais il n’y a pas eu d’incidents particuliers.

C’était une première. Jamais dans l’histoire de l’Etat hébreu, le fossé culturel entre juifs ne s’est creusé au point d’exacerber les sensibilités à fleur de peau. Même le président Shimon Pérès a appelé à la mobilisation contre cette minorité ultra-orthodoxe "qui bafoue la solidarité nationale", soulignant qu’il s’agissait d’un "combat pour l’âme d’Israël".

Représentant 10 % de la population israélienne, les ultra-orthodoxes - les "haredim" (NdlR : "ceux qui craignent Dieu") - vivaient jusqu’il y a peu en ghetto, dans de petites localités ou des quartiers urbains exclusivement ultra-orthodoxes. Là, cela fait des années que la ségrégation est pratiquée dans les bus (femmes à l’arrière pour éviter aux hommes de les voir), que les femmes ne se mélangent pas aux hommes dans l’espace public et que des affiches ordonnent aux femmes de se vêtir "modestement" (jambes et bras couverts).

Tant qu’il se cantonnait à l’intérieur du secteur ultra-orthodoxe, ce sexisme religieux était toléré par les autorités du pays et ignoré par le reste des Israéliens.

Mais maintenant, il fait tache d’huile. Ayant le taux de croissance démographique le plus élevé d’Israël, les "haredim" s’implantent de plus en plus dans des quartiers et localités mixtes, à population moins pratiquante. Et une frange parmi eux veut y imposer une application rigoriste des préceptes juifs.

Tout cela inquiète non seulement l’opinion israélienne, mais aussi la classe politique et même le rabbinat traditionnel. Ainsi, ce n’est pas par hasard que la manifestation de ce mardi s’est tenue à Beit Shemesh. C’est dans cette localité à population mixte que Na’ama, fillette de 7 ans, a ému tout le pays ce week-end, lorsqu’une chaîne de télévision a montré comment elle se faisait houspiller chaque jour sur le chemin de l’école par des "haredim" qui l’invectivaient et crachaient sur elle, parce qu’elle n’était pas habillée "décemment" selon leurs critères.

L’incident a pour la première fois suscité une réaction du Premier ministre Netanyahou. Insistant qu’Israël est un pays "démocratique, occidental, libéral", il a ordonné à la police de sévir contre ces excès. Ce qui n’a fait qu’alimenter la colère des "haredim".

Mais déjà une semaine plus tôt, c’est cette simple voyageuse sur une ligne inter-ville, Tanya Rosenblit, qui a suscité l’émoi dans le pays, lorsqu’elle a refusé d’obéir aux injonctions de passagers religieux et de s’asseoir à l’arrière du bus.

A quoi s’ajoutent de récents incidents à l’armée. Une armée qui se veut pourtant modèle d’intégration hommes-femmes. Des soldates ont notamment été écartées de quelques cérémonies militaires, et des cadets ont quitté un séminaire parce que des soldates y chantaient (le chant des femmes étant "impur" aux yeux des doctrinaires).

Sans oublier les images de femmes qui, sous pression des ultra-orthodoxes, ont disparu de nombreux panneaux publicitaires à travers le pays. Et l’imposition croissante de codes religieux dans les localités à populations mixtes : classes séparées pour écoliers et écolières, habillement "modeste" pour les employées de restaurants, magasins et autres lieux publics. Ce mercredi, une nouvelle marche contre cette coercition religieuse est prévue à Tel-Aviv.