Viktor Orban seul au pouvoir contre le monde

La Hongrie fonctionne-t-elle encore selon les normes d’une démocratie européenne normalisée ? La question reste entière alors que le Premier ministre hongrois Viktor Orban continue de profiter et d’abuser de sa majorité des deux tiers au Parlement pour faire voter, en un tour de main, des lois qui ont valeur constitutionnelle vendredi, et lui permettent d’asseoir son pouvoir.

Viktor Orban seul au pouvoir contre le monde
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Stéphanie Grofils (avec AFP)

La Hongrie fonctionne-t-elle encore selon les normes d’une démocratie européenne normalisée ? La question reste entière alors que le Premier ministre hongrois Viktor Orban continue de profiter et d’abuser de sa majorité des deux tiers au Parlement pour faire voter, en un tour de main, des lois qui ont valeur constitutionnelle vendredi, et lui permettent d’asseoir son pouvoir. Le Parlement hongrois a approuvé des nouvelles règles constitutionnelles qui permettront au Procureur général, un proche du Premier ministre Viktor Orban, de porter une affaire devant le tribunal de son choix. Le gouvernement réduit ainsi à néant une décision de la Cour constitutionnelle annulant cette disposition le 19 décembre. Car en Hongrie, cette cour n’a pas le droit d’examiner la Constitution elle-même.

Le Parlement hongrois a également adopté la loi qui accroît l’influence du gouvernement conservateur de Viktor Orban sur la Banque centrale (MNB). Cette institution est pourtant censée rester indépendante. L’Union européenne exige l’autonomie de la banque centrale pour entrer dans la zone euro. Et en entrant dans l’Union, la Hongrie a promis d’adopter l’euro.

Le parlement a aussi entériné la nouvelle loi sur les religions, qui réduit d’environ 300 à 14 les communautés bénéficiant de subventions publiques, pénalisant toutes les minorités. A été adoptée également une loi réduisant les débats au Parlement. Le gouvernement pourra désormais faire passer des lois sans même les soumettre au débat démocratique, devant l’opposition. Une autre loi sur “les crimes communistes”, visant rétroactivement les dirigeants du Parti socialiste (hériter du parti communiste), vingt-ans après la chute du mur de Berlin. En outre, une loi sur “la stabilité financière” impose à l’avenir une majorité des deux-tiers au Parlement pour modifier le taux unique (16%) de l’impôt sur le revenu.

L’exécutif européen a réagi, vendredi, mais prudemment aux réformes constitutionnelles adoptées vendredi par le Parlement hongrois. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, s’est contenté de signaler que l’exécutif européen allait “évaluer la portée juridique de la nouvelle législation” hongroise avec le droit européen. “La Commission européenne demeure prête à aider la Hongrie à se conformer au droit européen", a encore indiqué un porte-parole. Et pour le reste, il faudra, peut-être, attendre la fin des vacances de fin d’année, la Commission européenne ne reprenant ses travaux que le 3 janvier.

Il y a un an, une réforme de la constitution avait réduit l’indépendance de la justice, et placé les médias sous la tutelle d’un organe aux mains du parti. Et ce, en pleine présidence européenne.

Cette nouvelle vague de réformes suscite l’inquiétude en Europe. “Je pense que Monsieur Orban est, sur toute une série de questions, que ce soit la presse, – que ce soit le contrôle démocratique, le respect de l’opposition, la politique vis-à-vis des Roms,... – est sorti des clous d’une démocratie représentative. Alors si on laisse faire, d’autres leaders du même acabit risquent d’en profiter s’ils s’approchent du pouvoir. Je trouve ça très très dangereux”, s’inquiète Michel De Waele, professeur de sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles.

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