Hongrie: démocratie en péril

Le Parlement hongrois contrôlé pour ses deux tiers par le parti de droite dure, le Fidesz, au pouvoir, a confirmé tout le mal que l’on pensait de lui dans le reste de l’ Europe lors de la dite "trêve de fin d’année".

Hongrie: démocratie en péril
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Christine Dupré

Correspondante en Europe centrale

Le Parlement hongrois contrôlé pour ses deux tiers par le parti de droite dure, le Fidesz, au pouvoir, a confirmé tout le mal que l’on pensait de lui dans le reste de l’ Europe lors de la dite "trêve de fin d’année". Les députés du parti du Premier ministre Viktor Orban ont, vendredi, adopté une loi sur les crimes de l’ancien régime communiste, faisant de l’actuel parti socialiste hongrois (MSZP), héritier du parti communiste, le responsable des atteintes aux libertés, des emprisonnements arbitraires et des crimes perpétrés sous le régime qui dirigea la Hongrie de 1947 à 88. "Une absurdité", pour le politologue Péter Krko, "dans la mesure où en Hongrie bien plus qu’ailleurs dans l’ancien bloc de l’Est, la transition vers la démocratie a été douce et négociée entre "réformateurs" communistes et cette opposition libérale à laquelle appartenait dans les années 80 Viktor Orban."

La loi devrait de fait faciliter les poursuites contre des hauts dirigeants du MSZP, en premier lieu Ferenc Gyurcany, Premier ministre jusqu’en 2010, accusé de corruption. M. X est un professeur de droit qui souhaite rester anonyme, comme aujourd’hui beaucoup de gens qui reçoivent un salaire de l’Etat en Hongrie. Il n’a aucune sympathie pour Gyurcany. Ni pour le reste d’une élite politique de socialistes et de libéraux "qui a plumé depuis plus de 20 ans les Hongrois". Mais il a été écœuré de voir les forces de l’ordre arrêter l’ancien Premier ministre socialiste, puis le détenir pendant quelques heures, à la suite d’une manifestation, le 23 décembre dernier.

M. X participait à cette même manifestation pour protester contre d’autres projets de loi désormais, eux aussi, avalisés par le Parlement : un redécoupage des circonscriptions nettement favorable à la droite, qui fait passer de 386 à 199 le nombre de députés et "noie" les villes de gauche ou de centre-gauche au milieu de territoires ruraux acquis au Fidesz; une limitation draconienne du temps de débat au Parlement qui fait qu’une loi majeure pourra désormais être adoptée en trois jours; et surtout la loi fixant des conditions administratives et financières extrêmement difficiles pour la création de nouvelles formations politiques.

"Avec cette mesure, la porte d’un renouveau politique se ferme", estime Judit, une enseignante, qui avait rejoint le parti LMP, le parti plutôt Vert "Pour une politique différente" en 2010. Judit pense aujourd’hui qu’un besoin existe d’une nouvelle formation politique, résolument à gauche, qui viendrait remplacer les socialistes du MSZP discrédités par les affaires de corruption. "Mais la nouvelle loi va rendre cela impossible", soupire-t-elle. M. X est d’accord : "D’un côté, Orban punit le MSZP, de l’autre, il rend son remplacement impossible. Les Européens devraient se souvenir qu’il avait promis, lors de la campagne de 2010, de maintenir la droite au pouvoir pour au moins 20 ans !"

Les lois adoptées au pas de charge par le Parlement de Budapest incluent aussi un passage de 300 à 14 des congrégations religieuses reconnues par l’Etat. Officiellement, cette mesure, voulue par le petit parti chrétien, membre de la coalition gouvernementale, est censée mettre un terme à la prolifération d’Eglises, voire de sectes, dans le pays. Mais la loi va frapper de plein fouet une Eglise bouddhique du nord du pays, qui, sous l’égide de Tibor Derdak, intellectuel et ancien opposant au régime communiste, offrait jusqu’ici des conditions de scolarisation alternatives aux jeunes Roms. Ni l’Eglise réformée ni les catholiques, aujourd’hui choyés par le pouvoir, n’avaient accepté de participer à sa démarche.

"Sur la démocratie hongroise, le couvercle est en train de se refermer" : c’est l’avis de Hongrois qui n’ont rien de "révolutionnaires", comme Balasz Nagy Navarro, journaliste à la télévision publique. Depuis deux semaines, il a commencé avec plusieurs collègues une grève de la faim pour protester contre le "floutage" (effacement) du visage de Zoltan Lomnici, ancien président "rebelle" de la Cour suprême lors d’une émission sur cette télévision désormais étroitement contrôlée par le Fidesz. Les vieilles méthodes du communisme sont de retour Et les Européens ne semblent s’émouvoir que de cette autre loi qui soumet désormais la Banque centrale à un contrôle politique, et du bras de fer entre Orban et le FMI pour la reconduction d’un crédit de 20 milliards d’ Euros. L’Etat des finances publiques hongroises est certes désastreux. Celui de la démocratie est pire.