Mitt Romney en quête d’une consécration

Deuxième étape, ce mardi, dans la course à l’investiture du Parti républicain pour l’élection présidentielle américaine de novembre, avec les primaires du New Hampshire, où tous les sondages annoncent une victoire de l’ancien gouverneur du Massachusetts voisin, Mitt Romney.

Mitt Romney en quête d’une consécration
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Philippe Paquet

Éclairage

Deuxième étape, ce mardi, dans la course à l’investiture du Parti républicain pour l’élection présidentielle américaine de novembre, avec les primaires du New Hampshire, où tous les sondages annoncent une victoire de l’ancien gouverneur du Massachusetts voisin, Mitt Romney.

Etape largement symbolique puisque cet Etat de la Nouvelle-Angleterre, parmi les plus petits et les moins peuplés du pays (24 000 km2, soit les quatre cinquièmes de la Belgique, avec seulement 1,3 million d’habitants), a été sanctionné pour n’avoir pas respecté le calendrier électoral fixé par le parti et n’enverra que douze délégués, au lieu de vingt-trois, à la Convention républicaine du mois d’août à Tampa en Floride.

Etape significative néanmoins dans la mesure où une nouvelle victoire de Mitt Romney, après celle remportée de justesse, mardi dernier, dans l’Iowa, conforterait d’emblée son statut de favori, et à un moment stratégiquement important, dix jours avant l’heure de vérité que constitueront les primaires de Caroline du Sud, premier test grandeur nature dans le "Bible Belt" où les chrétiens conservateurs font la pluie et le beau temps. Pour un candidat mormon qui fait figure de "modéré", notamment sur les dossiers éthiques (avortement, mariage homosexuel, ), le terrain sera là-bas lourdement miné.

Un succès, ce mardi, ferait d’autant plus figure d’adoubement pour Mitt Romney qu’il est exceptionnel, pour un candidat républicain, de réussir le doublé Iowa - New Hampshire. Le cas ne s’est produit qu’en l’absence de véritable opposition.

A en croire les sondages, qui lui donnent une avance de quinze points au moins, l’affaire serait dans le sac pour Romney qui a le double avantage d’être bien connu (il possède même au New Hampshire une de ses nombreuses résidences) et de défendre des idées qui sont populaires dans cette région de la côte Est où le conservatisme social est nettement moins prononcé qu’ailleurs.

Si tout porte donc à croire que Mitt Romney accrochera un nouveau trophée à son tableau de chasse, une surprise n’est pas forcément à exclure, et elle pourrait venir du candidat le plus inattendu : Ron Paul, le député du Texas qui, à 76 ans, fait un tabac auprès des jeunes électeurs qui apprécient son programme "révolutionnaire". Celui qui a jadis brigué la présidence des Etats-Unis sous les couleurs du Parti libertarien a fait campagne en affirmant qu’il était le seul à incarner une authentique promesse de changement, ses rivaux étant tous, selon lui, attachés au statu quo. Ron Paul, dont le fils est sénateur du Kentucky, est à ce point atypique qu’il ose prôner l’abandon de l’aide américaine à Israël - position a priori suicidaire pour n’importe quel candidat à la Maison-Blanche, et pas seulement dans les rangs républicains.

Ron Paul était crédité dimanche de 20 % des intentions de vote, loin derrière Mitt Romney (35 %), mais devant les autres prétendants. Rick Santorum, l’ancien sénateur de Pennsylvanie qui avait fait quasiment jeu égal avec Romney dans l’Iowa, a nettement progressé dans les sondages grâce à ce coup d’éclat, mais son discours ultrareligieux ne devrait pas susciter autant d’adhésion ici que dans les campagnes du Midwest.

L’ex-speaker de la Chambre des Représentants, Newt Gingrich, a essayé de remonter la pente qu’il a brutalement dévalée dans l’opinion publique ces dernières semaines, à la faveur des deux débats télévisés organisés au cours du week-end, mais, pour agressives qu’elles fussent, ses attaques contre Romney ne semblent guère avoir affaibli ce dernier. Quant au gouverneur du Texas Rick Perry, démonétisé depuis quelques bourdes mémorables, ce n’est pas au New Hampshire qu’il peut espérer redorer son blason.

La seule inconnue réside par conséquent dans le dernier larron, Jon Huntsman, ancien gouverneur de l’Utah, mormon comme Mitt Romney, qui traîne tel un boulet le poste d’ambassadeur en Chine que lui confia Barack Obama et qui n’est pas loin de le faire passer, aux yeux des Républicains bon teint, pour un dangereux agent double. Huntsman n’avait pas fait campagne dans l’Iowa (où il est dès lors logiquement arrivé bon dernier avec 1 % des voix) et il espère frapper un grand coup ce mardi. Il a reçu le soutien du "Boston Globe", l’influent quotidien de la Nouvelle-Angleterre, pour une prestation qui ressemble à un quitte ou double : s’il ne réussit pas une percée, il devra probablement jeter l’éponge.

Au-delà du New Hampshire, les candidats ont d’ores et déjà les yeux rivés sur le rendez-vous du 21 janvier, en Caroline du Sud. Bien qu’il n’ait pas le profil idéal, Mitt Romney y est donné en tête. Il a reçu le soutien du gouverneur, Nikki Haley. D’origine indienne (ses parents sont des immigrants du Pendjab, de confession sikh), Haley avait forcé l’admiration, en 2010, en devenant la première femme à gouverner cet Etat très conservateur. Elle avait pu l’emporter grâce au soutien décisif de Sarah Palin et du Tea Party.

Or, tout semble devoir dépendre, le 21 janvier, du soutien que le Tea Party accordera, ou non, à un candidat susceptible de fédérer le vote conservateur contre Mitt Romney. Si celui-ci a, au contraire, la voie libre et gagne les primaires en Caroline du Sud, d’aucuns lui prédisent une promenade de santé jusqu’à l’investiture.

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