La Dame de Rangoon change de toilette

La figure de proue de l’opposition à la dictature birmane, Aung San Suu Kyi, a confirmé qu’elle briguerait un siège de député lors des élections législatives partielles du 1er avril prochain, a annoncé mardi un porte-parole de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND).

La Dame de Rangoon change de toilette
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La figure de proue de l’opposition à la dictature birmane, Aung San Suu Kyi, a confirmé qu’elle briguerait un siège de député lors des élections législatives partielles du 1er avril prochain, a annoncé mardi un porte-parole de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND).

Cette nouvelle est a priori réjouissante, et à plus d’un titre. Elle signifie d’abord le retour à la vie politique - et à la vie tout court, serait-on tenté d’ajouter - d’une femme qui n’a guère connu, au cours des vingt dernières années, que la prison et l’assignation à résidence. Elle traduit ensuite une nouvelle étape - hautement symbolique - dans le processus de réformes mis en branle, à la surprise générale, par le "gouvernement civil" qui a pris la relève de la junte birmane après les élections parlementaires du 7 novembre 2010. Elle peut être enfin synonyme d’espoir pour la population d’un pays potentiellement riche, mais condamné à la pauvreté par la faute d’un quarteron de généraux parmi les plus ineptes qui soient.

On peut, toutefois, se demander si Suu Kyi n’est pas en train de commettre une erreur. Elle a, certes, toutes les chances d’être élue. Mais que diable fera-t-elle de ce mandat ? La nouvelle Constitution taillée sur mesure par la junte a cadenassé le Parlement au profit de l’armée à laquelle est réservé un quart des 440 sièges de la Chambre basse. Le parti au pouvoir s’est par ailleurs adjugé, grâce à un scrutin savamment bridé, 80 % des sièges attribués au suffrage universel. De sorte que la LND, même en remportant les 48 sièges en jeu le 1er avril, ne pourra faire que de la figuration.

Dépourvue de réelle influence, la "Dame de Rangoon" non seulement n’a pas grand-chose à gagner dans l’aventure, mais risque de décevoir ses partisans et d’écorner son image. Elle va quitter son statut d’icône de la démocratie, abandonner un piédestal dont les pierres angulaires sont un prix Nobel de la paix et l’héritage paternel (celui d’Aung San, père de l’indépendance birmane), pour devenir une femme politique (on allait écrire "banale", mais une femme en politique n’est certes pas encore chose banale au pays des généraux birmans), ou, pire, une politicienne.

La place qui convienne à Aung San Suu Kyi n’est-elle pas d’être au-dessus de la mêlée, à défaut d’occuper le seul fauteuil qui fasse honneur à son courage, au sacrifice d’une vie et à ses mérites (si l’on en croit des témoignages autorisés), celui de chef de l’Etat ? A la manière d’un Vaclav Havel, ce n’est qu’en incarnant la nation au plus haut niveau que Suu Kyi pourrait rester la conscience de la Birmanie, tout en étant sa voix et son visage. Pas en endossant un déguisement de député bidon dans un Parlement croupion.