Que veut la Belgique au Congo ?

"Vingt jours après, la Belgique reconnaît Joseph Kabila", titrait mardi le journal congolais pro-gouvernemental "L’Avenir". Et le site Internet kabiliste "Digitalcongo", commentait l’information : "Mieux vaut tard que jamais".

Que veut la Belgique au Congo ?
©AFP Internet

"Vingt jours après, la Belgique reconnaît Joseph Kabila", titrait mardi le journal congolais pro-gouvernemental "L’Avenir". Et le site Internet kabiliste "Digitalcongo", commentait l’information : "Mieux vaut tard que jamais".

Ce cri de victoire, survenant six semaines après les élections les plus visiblement frauduleuses des dernières années en Afrique, avait de quoi étonner. Mais le journal kinois publiait un fac-similé d’une lettre identifiée sous le code EDR/JJS/AVK/004A, datée du 3 janvier 2 012 et signée du Premier ministre Elio Di Rupo, adressée à "Monsieur Joseph Kabila, Président".

Dans cette lettre, le Premier ministre écrit : "Comme vous le savez, la Belgique est engagée aux côtés du peuple congolais sur la voie du renforcement de la démocratie. Au moment où je viens de prendre mes fonctions en qualité de Premier ministre, je souhaite féliciter l’ensemble des forces congolaises pour la tenue des élections qui vous reconduisent au poste de Président de la République démocratique du Congo. Avec la communauté internationale, je reste à vos côtés pour aider le peuple congolais à répondre aux aspirations qu’il exprime en matière de progrès social."

Révélée après le refus du ministre belge des Affaires étrangères, le MR Didier Reynders qui avait refusé de se rendre à l’investiture de Joseph Kabila en raison de la manière cavalière dont les élections avaient été menées par l’appareil d’État au bénéfice du Président sortant, cette missive du Premier ministre socialiste belge pouvait-elle être un faux ? Après tout, le régime Kabila n’avait pas hésité, juste avant le scrutin, à dénoncer le meurtre d’un Congolais en Espagne par l’opposition de son pays - meurtre inexistant avait bientôt rectifié Madrid Vérification faite, il n’en est rien. Cette lettre a bien été écrite. Chez le Premier ministre, on l’explique comme une démarche "purement diplomatique".

Il est vrai, à y regarder de plus près, que M. Di Rupo ne félicite pas Joseph Kabila d’une victoire non avérée mais "l’ensemble des forces congolaises pour la tenue des élections qui vous reconduisent". Manière subtile de ménager la chèvre et le chou. M. Di Rupo félicite sans féliciter. Mais ce n’est pas ainsi que c’est utilisé par le régime congolais et notre Premier ministre devait s’y attendre.

Du coup, alors que la Commission électorale congolaise, compromise dans les fraudes, doit proclamer vendredi ses résultats législatifs, bien malin qui pourrait dire quelle est la position de la Belgique. Didier Reynders avait soufflé le froid, annonçant qu’il espérait pouvoir se rendre à Kinshasa à l’ouverture de la session parlementaire, si le dépouillement des législatives était conduit avec plus de transparence que celui des présidentielles. Or, il n’en a rien été. Et voilà qu’Elio Di Rupo souffle le chaud.

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