Alain Duhamel : "Les événements remettent Sarkozy en selle"

Les politiques français passent, Alain Duhamel reste. Le chroniqueur français a accordé à "La Libre" son analyse de la campagne pour l’élection présidentielle.

Olivier le Bussy et Gilles Milecan
Alain Duhamel : "Les événements remettent Sarkozy en selle"
©Christophe Bortels

Entretien

Les politiques français passent, Alain Duhamel reste. Présent en radio, en télévision, mettant sa plume au service de plusieurs quotidiens et magazines, il reste, à 72 ans, l’incontournable chroniqueur de la vie politique hexagonale. Avant d’être l’hôte des Grandes conférences catholiques, jeudi soir à Bruxelles, Alain Duhamel a accordé à "La Libre" son analyse de la campagne pour l’élection présidentielle.

Les événements de Montauban et Toulouse sont-ils révélateurs de l’état de la France, comme l’a avancé François Bayrou, ou échappent-ils à toute tentative de généralisation ?

Pour ce qu’on en sait, c’était plutôt un terroriste isolé, n’appartenant pas à une filière. Ce qui s’est produit n’est pas du tout le résultat d’une tension particulière en France qui n’existe pas en dehors des polémiques politiques classiques. Expliquer les difficultés françaises par un problème de terrorisme, alors qu’il y a eu des exemples encore plus dramatiques aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Espagne me paraît relever de l’amalgame.

Pensez-vous que ces événements auront sur la campagne un impact durable, qui pourrait en modifier le cours ?

C’était tellement choquant en soi de voir des enfants assassinés qu’évidemment, ça ne disparaîtra pas des mémoires en trois semaines. Aura-ce un impact décisif sur le climat de la campagne ? Ça va entraîner une focalisation du débat sur les questions de sécurité et d’immigration, même si les choses sont loin d’être liées mécaniquement. D’autre part, ça remet Nicolas Sarkozy en selle de façon plus confortable. Il est le président en exercice. Personne ne l’a critiqué sur la manière dont il a organisé les hommages, les réactions, la police

Au détriment de François Hollande, donc ?

Ça reste à démontrer. Hollande n’a pas commis d’erreur, ni sous-estimé la gravité des faits, ni chercher à introduire trop tôt une polémique. Bayrou, lui, a voulu faire un coup politique mais aurait dû attendre trois ou quatre jours, pour s’avancer sur un terrain solide. Quant à Marine Le Pen qui, au départ, a bien réagi en demandant la suspension des hostilités, elle a rebondi en sens opposé tellement vite le matin du dénouement que cela ne va pas faciliter sa campagne. C’est surtout Sarkozy qui va incarner l’autorité et l’ordre.

Le candidat Sarkozy est redevenu, momentanément, le président au-dessus de la mêlée. Est-ce vraiment le costume qui lui va le mieux ? Ou n’est-il jamais meilleur qu’en campagne, dans la polémique ?

C’est effectivement un très bon candidat de campagne. C’est aussi un homme de crise. Lors des crises, il est très bon, beaucoup moins dans la gestion quotidienne et même dans les réformes, il n’est pas toujours habile ou inspiré.