L’Eglise orthodoxe russe vole au secours du pouvoir

A un mois de l’investiture de Vladimir Poutine, élu président le 4 mars dernier, le pouvoir russe entreprend des efforts de plus en plus visibles censés doter sa troisième présidence d’une idéologie plus ou moins officielle, appelée à faire le contrepoids de "l’hérésie libérale" jugée dangereusement agressive ces derniers mois.

A un mois de l’investiture de Vladimir Poutine, élu président le 4 mars dernier, le pouvoir russe entreprend des efforts de plus en plus visibles censés doter sa troisième présidence d’une idéologie plus ou moins officielle, appelée à faire le contrepoids de "l’hérésie libérale" jugée dangereusement agressive ces derniers mois.

Un des volets de cette entreprise tend à minimiser l’influence des partis politiques par la réanimation, annoncée mardi par Vladimir Poutine, du Front populaire panrusse, mouvement civique qui aura un statut suprapartis et dont M. Poutine compte devenir le chef.

Théoriquement ce projet devra permettre "aux larges masses populaires" de participer directement à l’élaboration des lois, à la Douma d’Etat comme au niveau municipal. Mais en réalité il ne fait qu’imiter la formule consacrée de l’époque soviétique, qui parlait "du bloc indestructible des communistes et des sans-parti ". On note aussi que "l’ émulation socialiste " revient au galop avec le concours national, lancé toujours par M. Poutine, pour célébrer les meilleurs mineurs, maçons, soudeurs, électriciens et camionneurs - un système qui rappelle "les ouvriers émérites " honorés sous le régime soviétique.

Cependant, le caractère quasi parodique de ces initiatives, est souligné par l’immixtion de plus en plus active de l’Eglise orthodoxe russe, non seulement dans la vie de la société mais parfois dans le fonctionnement de certaines institutions de l’Etat. Ignorant délibérément le statut laïque de l’Etat russe, les ecclésiastiques se comportent comme si toute la population russe était tenue de pratiquer la religion orthodoxe. Et les autorités ne semblent pas pressées de démentir cette prétention.

Il y a deux semaines, les habitants d’un des quartiers du sud de Moscou se sont ainsi adressés à la municipalité locale pour protester contre son intention de détruire l’unique terrain de jeux du quartier afin d’y mettre l’une des deux cents églises que la mairie de la capitale a décidé de construire dans toute la ville. "Etes-vous croyants ou non ?" , fut la réponse indignée du président de la municipalité.

Récemment, un des dignitaires du Patriarcat de Moscou responsable des relations avec les forces armées, a demandé au ministère de la Défense de munir les troupes aéroportées d’églises gonflables, qui doivent être parachutées sur le champ de bataille en même temps que les armements et les soldats, afin d’assurer le salut des âmes de ces derniers. Le ministère a promis d’y penser, et cela à plus forte raison, a-t-on remarqué, que tous les parachutistes de l’armée sont croyants.

On retiendra également que l’Eglise orthodoxe russe se présente comme allié conceptuel du pouvoir, de plus en plus séduit par l’idée de structurer la société en lui promettant une sorte de revanche géopolitique appelée à restaurer et à élargir la grandeur impériale de la Russie en tant qu’héritière directe de l’empire des tsars. Les politologues pro-Kremlin parlent d’ores et déjà d’une Union eurasiatique, qui devra s’étendre de l’Ecosse à la Nouvelle-Zélande, et dont la Russie sera le centre reconnu.

On comprendra donc aisément le sens de la récente démarche de l’archiprêtre Vsevolod Chaplin, président du département synodal pour l’Eglise et Société, qui a regretté que les chrétiens n’aient pas tué suffisamment de bolcheviks pour préserver l’Empire russe, tout en faisant allusion à la nécessité de recourir aux mêmes procédés au cas où "les mécréants" s’aviseraient, une fois de plus, d’attenter à la stabilité de l’Etat pour l’empêcher d’accomplir sa mission mondiale.

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