"Contrôler l’impact de la crise"

Nouveau commissaire aux Droits de l’homme élu par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, le Letton Niels Muižnieks compte vingt ans d’expérience en la matière, tant dans son pays qu’en tant que président de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) entre 2010 et 2012. Parmi ses priorités : contrôler l’impact de la crise économique sur les plus vulnérables et s’attacher à la question de la dignité des personnes âgées.

Véronique Leblanc

Correspondante à Strasbourg

Nouveau commissaire aux Droits de l’homme élu par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, le Letton Niels Muižnieks compte vingt ans d’expérience en la matière, tant dans son pays qu’en tant que président de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) entre 2010 et 2012. Parmi ses priorités : contrôler l’impact de la crise économique sur les plus vulnérables et s’attacher à la question de la dignité des personnes âgées.

Que représente pour vous ce nouveau poste ?

Une véritable opportunité de retravailler sur la problématique des droits de l’homme au sens large et de couvrir les 47 Etats membres du Conseil de l’Europe, une institution avec laquelle je travaille en collaboration mais en totale indépendance.

Une collaboration qui s’étend forcément à la Cour européenne des droits de l’homme…

Effectivement. M’occuper des problèmes structurels des pays membres en matière de droits de l’homme et contribuer à mettre en œuvre les arrêts de la Cour qui les concernent fait partie de mes objectifs. Le volet "prévention" est extrêmement important dans un contexte d’engorgement de la CEDH et explique peut-être le fait qu’en huit ans, grâce à l’efficacité des deux premiers commissaires aux Droits de l’homme Álvaro Gil-Robles et Thomas Hammarberg, les effectifs du service sont passés de 7 à 25 personnes, pour la plupart des juristes venant de différents pays.

Comment avez-vous préparé votre entrée en fonction ?

J’ai accompagné son prédécesseur Thomas Hammarberg en Bosnie, Serbie, Croatie et Slovénie. Cela a été une bonne expérience de le voir à l’œuvre dans ses contacts. A moi maintenant de définir ma propre manière à partir d’un socle déjà solide.

Et quelles sont les premières visites inscrites à votre agenda ?

L’Autriche, la Finlande et le Portugal qui sont des pays que le commissaire n’a pas visités depuis quelque temps. Parmi les thèmes que j’aborderai, il y a la lutte contre la discrimination et les conséquences de la crise économique sur la protection des droits de l’homme, en particulier des personnes les plus vulnérables.

La crise justement, y voyez-vous la principale menace pour l’avenir des droits de l’homme en Europe ?

A coup sûr, elle fragilise la situation des personnes socialement les plus précaires ainsi que des Roms, des migrants etc. Mais elle affaiblit aussi les institutions nationales de protection des droits de l’homme, tels que les médiateurs. Sans compter les dérives extrémistes et populistes dont elle favorise l’éclosion.

Que pensez-vous de la situation en Hongrie où la nouvelle Constitution inspire de vives inquiétudes en matière de droits fondamentaux ?

Thomas Hammarberg a été le premier à avoir tiré la sonnette d’alarme sur la question de la liberté des médias et des confessions religieuses dans ce pays. Le Conseil de l’Europe est en contact sur ce sujet avec la Commission européenne et l’expertise de la Commission de Venise a été sollicitée. On en attend certains résultats pour la fin juin. Je suis évidemment tout cela de très près alors que du côté de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe la grande question est celle de l’ouverture d’une procédure de suivi relative au respect des obligations et engagements de la Hongrie.

Vous avez défini d’autres axes prioritaires, outre l’impact de la crise économique sur les droits fondamentaux ?

Bien sûr, entre autres, la protection des droits des personnes âgées. Cette question va être de plus en plus cruciale pour l’avenir et l’on n’y a pas prêté beaucoup d’attention jusqu’ici alors que de vrais problèmes de dignité se posent.