"Les candidats refusent de débattre entre eux"

"Nous avons proposé aux dix candidats de débattre. Mais nous n’avons eu aucune réponse, y compris de la part de ceux qui s’en sont pris au service public parce qu’on n’organisait pas de débat." Suivez "Des Paroles et des actes" en direct vidéo ici.

Propos recueillis par C. G.
"Les candidats refusent de débattre entre eux"
©AFP Internet

Fabien Namias est responsable du service politique de France 2. Il a répondu aux questions de La Libre.

Comment vivez-vous l’application de l’égalité du temps de parole des candidats à la présidentielle ?

Cela n’est pas compliqué au sens technique du terme, parce qu’à la limite, il suffit d’avoir un bon chronomètre, aucun état d’âme, et les problèmes sont résolus. Sur les plans journalistique et éditorial, c’est débile. Plus on s’approche du scrutin, moins on en fait. Parce que si on accorde une minute de temps de parole à un candidat, on doit l’équilibrer avec le même temps de parole dans tous les journaux, alors que cela ne présente pas systématiquement le même intérêt éditorial. Je pense qu’il y a une forme d’injustice à considérer que les propositions et le potentiel électoral de François Hollande, de Nicolas Sarkozy, de François Bayrou, de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon sont à mettre dans le même panier que les propositions et le potentiel électoral de Jacques Cheminade.

Qu’il y ait des règles pour assurer un accès aux médias aux candidats qui ont leurs signatures, c’est normal, avec une stricte égalité de temps de parole sur une dizaine ou une quinzaine de jours, pourquoi pas. Mais pendant cinq semaines, on stérilise tout, parce que nous n’avons pas la ressource tous les soirs pendant 35 jours, dans le "13 heures" et le "20 heures", de proposer une minute de Jacques Cheminade, une minute de Philippe Poutou, une minute de Nathalie Arthaud, des candidats crédités entre 0 et 1 % dans les sondages ! Nous sommes des épiciers, plus des journalistes. Je vous mets un peu de Hollande ? Vous reprendrez bien du Bayrou ? Ah non, le Arthaud on l’a épuisé, je suis désolé. C’est grotesque.

Vous avez tout de même mis sur pied deux soirées spéciales de “Des paroles et des actes” et un débat dans “Mots croisés” avec les candidats ou leurs soutiens.

Parce que nous adorons la politique à France 2 et qu’on se bat comme des chiens pour le faire. C’est au-delà du compliqué. Il y a beaucoup de négociations. On pourrait s’abriter derrière les règles en disant qu’on ne fait plus rien. Vu la place qu’on a accordé à la politique depuis le début de la campagne, ce serait un suicide pour nous; les téléspectateurs ne comprendraient pas. Plutôt que d’inviter tous les candidats à la queue leu leu au "20 heures", ce qui n’a aucun intérêt, on a essayé de proposer quelque chose de plus ambitieux. Et si les candidats ne veulent pas débattre entre eux, on les a au moins réunis au même endroit. Le jeu en vaut la chandelle.

François Bayrou vous reproche de ne pas organiser de débat.

Nous avons proposé aux dix candidats, par recommandé envoyé le 13 mars, de débattre dans une grande soirée. Nous n’avons eu aucune réponse, y compris de la part de ceux qui s’en sont pris au service public parce qu’on n’organisait pas de débat.