Le grand oral présidentiel, acte 2

Pour la première fois, Nicolas Sarkozy lance une perche à François Bayrou en vue du second tour et règle ses comptes avec Eva Joly. Le candidat du MoDem se laisse presque séduire. Et porté par sa campagne, Mélenchon assure le spectacle. Voici le résumé de cette deuxième émission spéciale.

Dorian de Meeûs
Le grand oral présidentiel, acte 2
©France 2

Si le président-candidat et son grand rival ont opposé une fin de non recevoir à une confrontation directe avant le premier tour, les échanges n’ont pourtant pas manqué ce jeudi soir.

Premier à se lancer dans l’arène, François Bayrou tente de rebondir sur l’économie en diagnostiquant une menace actuelle « grave » pour le système social français. Loin de sa campagne de 2007 tournée vers l’Europe, il insiste : il faut produire en France ! La production des produits « Made in France » pouvant - à ses yeux - soutenir l’emploi et l’économie française… et éviter de subir les mesures prises en Espagne.

Juste après, place à un sujet nettement plus politique : la drague ouverte de l'UMP et du PS. Hier encore, Alain Juppé le voyait bien à Matignon si Sarkozy l’emportait. Séduit ? Est-ce possible ? Bayrou botte en touche : « Ce sont des déclarations sympathiques ! Mais, je suis candidat à la présidentielle. Avant d’ajouter : "Dans la bipolarisation de notre système, les extrêmes sont très importants, mais le centre peut donner l’équilibre à un parti. Je n’accepte pas le scénario d’un deuxième tour écrit à l’avance ». Cependant, Bayrou refuse de « rejeter » l’idée d’être le Premier ministre de Sarkozy ou Hollande.

Plus tard, Nicolas Sarkozy sera invité à s’exprimer à son tour sur cette hypothèse. « Rien n’exaspère plus les Français que la répartition des postes avant l’élection. Le choix du Premier ministre, c’est la décision la plus importante du Président de la république. » Alors, il évite la question ou fait un appel du pied à Bayrou ? « Pourquoi ça? Un appel du pied, c’est sous la table. (rires) Ce que je veux proposer, c’est un rassemblement d’unité nationale face au rassemblement de Hollande-Mélenchon. » L’invitation au candidat centriste est presque lancée… et permet au passage de mettre les 2 prétendants de gauche dans le même sac.

Face aux accusations d’Eva Joly, Sarkozy a « le mépris le plus cinglant »

Interrogé sur les propos d'Eva Joly, qui accuse le président sortant de vouloir être réélu pour échapper à la justice et ne pas être entendu dans le cadre de l'affaire Bettencourt, Nicolas Sarkozy a tout de suite haussé le ton et coupé court au sujet: "Je n'ai pas à répondre Mme Joly, l'alliée de M. Hollande, ils ont signé un pacte pour gouverner ensemble, des circonscriptions contre des réacteurs nucléaires. Sur les ragots, la médisance, la méchanceté, permettez-moi d’opposer à ce qu’elle a dit le mépris le plus cinglant."

Lorsque Jacques Cheminade passe son grand oral, on assiste à une succession de propositions peu claires et trop souvent anecdotiques… à l’image des questions posées. Quand il aborde la question de la dette publique, le candidat de Solidarité et progrès avance un concept très personnel de « dette légitime » et « illégitime », cette dernière n’ayant - à ses yeux - pas pour vocation d’être remboursée. Côté stratégie politique, Cheminade parle sans détour : « Hollande n’a pas de caractère, mais il peut représenter quelque chose de très intéressant. Je n’appellerai pas à voter pour lui, mais le ferai personnellement. »

Pour sa part et comme à son habitude, la candidate de Lutte ouvrière Nathalie Arthaud tape fort contre les patrons "voyous" qu’elle veut envoyer en prison, le chômage, Sarkozy, le culte de l’argent… sans oublier, les journalistes. « Si j'étais élue le 6 mai, il y aurait des millions de gens dans la rue qui n'accepteraient pas de subir le diktat patronal, les licenciements, donc une révolte sociale ! » Nathalie Arthaud veut aussi moduler la TVA : « Je ne veux pas supprimer l'ensemble de la TVA. Sur les produits de luxe, sacs Vuitton, les yachts... je suis pour la doubler, tripler, multiplier par 10. Mais c'est un impôt injuste : quand on achète la baguette de pain, l'impôt est le même que pour les milliardaires. »

Mélenchon veut foutre « une tannée » à Sarkozy

Dernier invité, Jean-Luc Mélenchon entre en piste et fait son show avec un talent indéniable. Récemment, il avait déclaré: « Je veux mobiliser les masses et foutre une tannée à Nicolas Sarkozy. » Sa montée dans les sondages inquiète le camp Hollande, car Mélenchon pourrait en fin de compte servir le président sortant. Si Hollande est contraint de séduire la gauche de la gauche, il pourrait faire fuir les centristes et ainsi perdre au deuxième tour. "Faux" rétorque celui qui a déjà marqué cette campagne 2012: « Plus je monte, plus la gauche monte. Donc, il n’est pas vrai que ma montée dans les sondages sert le camp d’en face… je suis au contraire le recours à gauche ! Ce sont des ruses destinées à des petits enfants. C’est une comédie. ».

Une comédie? Il y avait un peu de ça ce soir, chez tous les candidats.