Hollande est-il de gauche ? Sarkozy est-il de droite ?

Le clivage gauche/droite est-il encore d'actualité? Si l'on veut une politique de droite, doit-on voter pour le président sortant? Et le Parti socialiste, est il vraiment de gauche?

Caroline GRIMBERGHS
Hollande est-il de gauche ? Sarkozy est-il de droite ?
©AFP internet

Le clivage gauche/droite à l’œuvre sur l’échiquier politique depuis le XVIIIe siècle, semble de moins en moins clair et les idéologies politiques ont tendance à former un beau melting pot. Au point, parfois, de faire vaciller les certitudes des électeurs. Pour voter à droite, doit-on choisir Sarkozy le 6 mai prochain ? Si l’on veut porter la gauche au pouvoir, doit-on se saisir du bulletin ’Hollande’ ?

« Une définition arrêtée et une catégorisation de ces deux concepts sont impossibles » prévient d’emblée Mathieu Vieira, doctorant à l’Université Libre de Bruxelles et chercheur en Sciences-Politiques. « La gauche, ce n’est pas que le socialisme. La droite, ce n’est pas que l’UMP. Et surtout, il y a plusieurs façons d’être ‘de gauche’ ou ‘de droite’ ». Les communistes se retourneraient dans leur tombe, fraîchement creusée par le charismatique Jean-Luc Mélenchon qui attira tous les regards de l’extrême-gauche, s’ils s’entendaient comparés au programme de François Hollande. Mélenchon, pasionaria du Front de Gauche, n’est d’ailleurs pas parvenu à prononcer le nom du candidat socialiste au moment d’annoncer son ralliement à cette gauche qu’il maudit à moitié. « Il dénonce, chez Hollande, un programme de centre-gauche qui n’a pas vocation à briser le capitalisme, comme lui le souhaiterait. Et on peut, en effet, considérer le programme du candidat socialiste comme un programme de centre-gauche traditionnel » explique Mathieu Vieira.

Si l’on se penche sur les programmes de François Hollande et Nicolas Sarkozy, on s’aperçoit que, sur papier, chacun reste bien rangé dans sa case. « Au Bourget, Hollande a très clairement fait appel aux grands marqueurs de la gauche, les 4 ‘passages obligés’ : la laïcité, l’égalité, le républicanisme et la justice sociale » explique Mathieu Vieira. «Pareil pour Sarkozy à Villepinte : il a tenté de renouer avec le triptyque gagnant de sa campagne de 2007 : travail, immigration, sécurité ». Bref, la droite décomplexée qui avait voté massivement pour en faire son Président.

Que se passe-t-il quand l’un d’entre eux tente une incursion dans la case du voisin ? Ségolène Royal s’y est frottée en 2007, en optant pour une campagne « blairiste », façon : « Je suis de gauche mais j’emprunte un peu à la droite ces arguments qui marchent ». Résultat : un désaveu de son camp et un électorat de gauche pour le moins perturbé au moment de glisser son bulletin dans l’urne. En 2007, Sarkozy aussi a emprunté quelques-uns des totems de la gauche comme Jaurès ou Blum, mais uniquement dans les discours. « On n’en a pas vu d’effets dans les actes » explique Vieira. « Et aujourd’hui, il effectue une campagne marquée par un retour à la droitisation. Cette ‘rupture’ qu’il a voulu incarner en 2007, elle a en fait surtout eu lieu au sein de son propre camp. » Retour au bercail, donc.

Mais le bercail est-il toujours si accueillant ? « Il y a aujourd’hui de plus en plus de porosité entre les obédiences politiques. Et une plus grande volatilité de l’électorat qui en découle. Les candidats doivent donc pouvoir parler de tout. Hollande ne tente pas de récupération des thèmes dits ‘de droite’ mais il essaie malgré tout de paraître crédible sur ces sujets : la sécurité, l’immigration. Il est plus à l’aise sur le socio-économique mais il sait qu’il ne peut pas s’en contenter s’il veut renouer avec l’électorat ouvrier, plus populaire, que Jospin n’est pas parvenu à maintenir dans son escarcelle. Du côté de Sarkozy, on ne peut clairement pas dire qu’il tente d’insérer des éléments de gauche dans son programme. Chirac était plus ‘droite sociale’ que lui. Et il va encore plus loin à droite en 2012 qu’en 2007 » observe Mathieu Vieira. Qui conclut : « Il y a clairement une candidature de droite et une candidature de gauche dans cette campagne 2012. Même si les choses ont changé depuis les années 90, les deux thèmes de campagne de Hollande (la jeunesse et la justice sociale) sont traditionnellement de gauche. Sarkozy axe, lui, sa campagne sur les valeurs, un sujet pour le moins ‘de droite’ ».

Les Français peuvent donc se rendre aux urnes confortablement installés dans leur certitude : ils ne se lancent pas dans l’inconnu en optant pour l’un ou l’autre candidat. Ils mènent, chacun, une campagne qui suit les rails de leur orientation politique respective.