"Sarkozy, c’est The Voice"

"Sa voix est beaucoup plus posée, tranquille, incisive et percutante. François Hollande est beaucoup plus aérien". Entre professeur de chant, de théâtre et orthophoniste, Jean Sommer appartient à cette profession émergente de coach vocal.

"Sarkozy, c’est The Voice"
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Virginie Roussel, Correspondante à Paris

Entretien

Entre professeur de chant, de théâtre et orthophoniste, Jean Sommer appartient à cette profession émergente de coach vocal. Contacté via son site lavoixdebout.com et son blog jean-sommer.fr, cet ancien artiste de la chanson aide désormais les députés, PDG, cadres, conférenciers et autre salariés à se faire une place en donnant de la voix.

Pourquoi François Hollande a-t-il sollicité Marc Beacco, coach de la Star Academy, feu l’émission de télé-réalité sur TF1 ?

Il s’est cassé la voix et risquait de devenir atone. Sa voix étant mal placée, le coach vocal l’aide à la poser, à moins pousser dans les aigus et lui apprend quelques gestes pour ne pas attraper froid. Il reste que François Hollande pourrait gagner en pose, en articulation, en épaisseur pour parler davantage avec toute sa personnalité et pas seulement du bout des lèvres.

La voix du candidat socialiste ne fait pas le poids, selon votre expression.

Quand on parle de poids d’une voix, il s’agit de notion d’ancrage, de solidité au sol, psychologique... Une voix dans les notes hautes, qui a toujours besoin de pousser pour exister, définit une personnalité restée un peu adolescente, qui ne s’est pas entièrement posée en tant que voix d’homme. C’est comme si elle n’avait pas complètement fini de s’installer dans son corps, comme si quelque chose du jeune homme timide restait encore. Quand il pousse sa voix dans les discours, et c’est comme ça qu’il s’est fait du mal, c’est comme s’il s’excitait au lieu de parler. Et quelqu’un qui s’excite, qui crie, c’est quelqu’un qui n’est pas sûr de lui. Il a un micro, il peut parler posément aux gens, même leur parler fort.

Et vous baptisez Nicolas Sarkozy “The Voice”.

A ce niveau, il est très fort. Sa voix est très ancrée, très posée. Il en joue d’ailleurs dans son spot de campagne à la radio. Il parle avec une voix très douce, très chaleureuse, il invite à la confiance. Sa voix caresse, plus qu’elle n’attaque. C’est une manière de faire autorité. Il n’a pas besoin de montrer ses muscles pour montrer qu’il est là. La voix le dit.

Il lui est pourtant reproché de ne pas savoir se maîtriser !

Il a une très grande maîtrise et un très grand contrôle de soi. À l’intérieur de lui, il a beaucoup de pression, d’énervement. Il compose beaucoup, c’est un très bon acteur. Il compose d’autant plus qu’il est énervé. Sa voix douce, c’est vraiment une manière de séduire, de jouer, d’embobiner gentiment. Il était avocat, ça fait partie de son jeu.

Lors du face à face télévisé, ce soir, leurs voix pourront-elles faire la différence ?

La voix, dans un débat comme celui-là, est l’outil du pouvoir. Un public d’indécis va se déterminer sur des critères d’intime conviction, de confiance. C’est pour ça que Sarkozy en voulait plusieurs pour déterminer au fond qui est le chef, qui peut emmener les Français vers les cinq ans qui viennent. C’est vrai qu’il jouit d’une autorité beaucoup plus "mâle". Sa voix est beaucoup plus posée, tranquille, incisive et percutante. Alors que François Hollande est beaucoup plus aérien, avec une voix qui s’emballe, qui semble même balbutier, avec ce côté petit garçon.


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