Hollande - Sarkozy, qui dit la vérité?

Toutes les 47 secondes, Nicolas Sarkozy a avancé un chiffre hier soir. Toutes les 96 secondes François Hollande a fait de même. La réalité de ceux-ci a donné lieu très souvent à de vifs débats.

Hollande - Sarkozy, qui dit la vérité?
©AFP Internet
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Matheux ou non, hier soir, il fallait s’accrocher. Toutes les 47 secondes pour Sarkozy, toutes les 96 pour Hollande, un chiffre était avancé lors du débat d’entre-deux tours. Vrais ou faux, ils ont été passés au peigne fin par les adeptes du Fact-checking qui surveillent la véracité des paroles avancées via les réseaux sociaux ou les sites tels que le véritomètre ( http://itele.owni.fr/).

Alors, qui a été le plus proche de la vérité ?

Selon ce site de référence orchestré par OWNI-iTélé, « certaines de ces citations chiffrées étaient correctes. Quelques-unes imprécises. Et un bon nombre tout à fait fausses. »

Petit tour d’horizon non exhaustif des erreurs.

Là où ils se trompent tous les deux

C’est certain, la dette ne leur réussit pas. Hier, elle a d’ailleurs donné lieu à une belle passe d’armes. Le candidat socialiste avait affirmé que la dette publique avait gonflé de 600 milliards "depuis le début du quinquennat". Celui de l'UMP avait contesté ce chiffre, évoquant une progression limitée à 500 milliards. "Une erreur de 100 milliards, ça pose question", avait commenté Nicolas Sarkozy.

En fait, ils se trompent tous les deux. Selon l’économiste Simon Porcher sur le site du NouvelObs, la dette publique a augmenté de 505 milliards entre janvier 2007 et décembre 2011. Hollande aurait ajouté à ces 505 milliards le déficit prévu qui s’élève lui à 82 milliards. Mais de cette somme il faut encore retirer les charges de la dette selon l’économiste. « Au final, la dette devrait être de 550 milliards fin 2012, la moyenne exacte des deux estimations. »

« Quand je prends la dette début 2007 et la dette fin 2012, nous aurons bien 600 milliards d'euros d'augmentation », a toutefois insisté jeudi François Hollande sur France 2.

Là où Sarko se trompe (presque)

« Quel est le pays qui n’a pas un connu un trimestre de récession depuis 2009 ? Y a-t-il un pays d’Europe, de l’OCDE qui a fait mieux que la France en termes de croissance depuis 2009 ? » s’était demandé Sarkozy. Bien vu de sa part, l’argument ne manque pas de poids puisque selon l’OCDE, la France, si elle a enregistré 0 % de croissance au second trimestre 2011, n’a connu aucun trimestre de récession. Ajoutons cependant qu’elle n’est pas la seule, puisque la Suisse et la Suède font aussi bien qu’elle.

De même, il est juste de dire que la France est le pays d’Europe avec la Suède qui a les impôts les plus lourds (42,6% de taux de prélèvements obligatoires en part du PIB en 2009 - dernières données disponibles). Mais elle suit de très loin la Suède (49,2%) et surtout le Danemark (50,2) que le candidat ne cite pas.

Là où Sarko se trompe (et fameusement)

« Saviez-vous que l’Education nationale c’est la moitié de la fonction publique ? » a annoncé Sarkozy. Faux, selon des données issues d’un rapport sur les personnels de l’enseignement scolaire, le rapport est de un pour six.

Là où Hollande se trompe (aussi)

Notons pour l’anecdote que Hollande se montre gentil avec Sarkozy quand il dit que 80 000 postes ont été supprimés dans l’Education nationale depuis 2007. Il y en a en fait plus de 101 000 qui ont disparu.

Enfin, sur les flux migratoires, François Hollande se trompe aussi quand il affirme que « l’immigration économique, c’est 30 000 [personnes] par an ». Selon les experts du véritomètre, « les derniers chiffres définitifs du ministère de l’Immigration pour 2009 indiquent que 19 251 titres de séjour ont été délivrés pour des raisons économiques sur les 187 381 titres de séjour accordés en 2009. Soit 10 749 immigrants pour le travail que François Hollande oublie ».

Bref, entre erreurs délibérées, approximations et oublis, n’oublions surtout pas que des chiffres restent des chiffres. Malléables à souhait, il suffit de les prendre dans le bon sens, ou de choisir des références différentes pour qu’ils s’acclimatent à votre discours. N’oublions pas aussi qu’au-delà de ces chiffres, le rôle d’un président n’est pas non plus d’être un pur technocrate, mais bien un homme d’État porteur d’un projet de société qui s’appuie sur les faits, sans s’y limiter.


Sources : http://owni.fr/, AFP, Simon Porcher


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