Mon champion

L'édito de Gilles Milecan après le débat qui a opposé Nicolas Sarkozy à François Hollande.

Mon champion
©Photonews
Gilles Milecan

Neutralité ? Objectivité ? Laissez-moi rire !”, claque celui à qui on ne la fait pas. Ce matin, au café du commerce, “franchement” et “sincèrement” constituent l’attaque de bon nombre d’analyses du débat Hollande-Sarkozy. Car admettre une qualité partisane déforce le discours, dirait-on. “On ne peut me soupçonner de ceci” ou “j’ai déjà prouvé que cela” compléteront l’indispensable préambule. Adouci par celui-ci, l’énoncé des convictions personnelles suit tranquillement. Car si la posture d’observateur impartial autorise à porter des coups et à soutenir des arguments qui pèseraient moins lourd dans la bouche d’un militant, elle relève le plus souvent uniquement de la figure rhétorique.

La désignation d’un vainqueur indiscutable au terme d’un débat est pourtant vaine. Un partisan reste un partisan. Un déçu reste un déçu. Un convaincu reste un convaincu. Surtout, au deuxième tour de l’élection présidentielle, chacun sait qui représente qui, qui défend quoi. Chacun estime la capacité de son champion à mettre en œuvre un programme qu’il juge favorable au citoyen qu’il est. Chacun s’engage ou non à relayer des thèses auprès de son entourage. La pseudo-neutralité n’est pas nécessairement porteuse d’une plus grande force de conviction.

L’attribution de points virtuels au fil des répliques livrées aux Français devrait, si elle ne change que rarement la donne, servir à entamer de nouveaux débats. Si, loin des caméras de la Plaine Saint-Denis, près des comptoirs ou autour des tables amicales, ils se multiplient d’ici dimanche, la démocratie aura mérité son nom.

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