Ce qui a plombé la campagne de Sarkozy

Rien n’est jamais sûr à 100 %,évidemment, tant que le dernier électeur n’a pas voté. Mais le scénario de la défaite du candidat UMP a la faveur des pronostiqueurs. Pour de multiples raisons.

Ce qui a plombé la campagne de Sarkozy
©AFP Internet
Bernard Delattre, Notre correspondant à Paris

Un réflexe européen de rejet

Comme l’a rappelé le politologue Dominique Reynié, à l’exception notable d’Angela Merkel, en Allemagne (reconduite en 2009), “tous les candidats sortants, dans toutes les démocraties européennes, ont été remerciés ou affaiblis par l’électeur, dans les élections qui se sont tenues depuis les grandes crises financière et économique”. Cette sanction a frappé des dirigeants tant de droite (l’Italien Berlusconi) que de gauche (l’Espagnol Zapatero).

Un bilan globalement condamné

Selon un sondage Ifop, 67 % des Français sont mécontents du bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Une étude Sofres sur l’adhésion de l’opinion aux réformes qu’il a menées depuis 2007 a montré que trois d’entre elles, majeures, sont rejetées : l’identité nationale (50 % de l’électorat mécontent), la réforme des retraites (55 %) et la politique fiscale (58 %).

Un problème de style, jamais réglé

Dernièrement, ce gros problème de style a été résumé de la sorte par le journaliste Hervé Gattegno, éditorialiste dans des médias pourtant réputés de droite (l’hebdo Le Point, la radio RMC). “Nicolas Sarkozy était censé dépoussiérer la présidence, il l’a dévaluée. Ce qui a marqué son mandat, ce sont ses écarts de langage et de conduite, un certain relâchement des mœurs présidentielles, une fascination décomplexée de l’argent, jusqu’à la provocation. Et puis, la surexposition des émotions, des sentiments, des bonheurs et des déboires conjugaux. Il est devenu un Président de téléréalité, un mélange bizarre d’homme ordinaire et de vedette médiatique, dont la vie quotidienne serait un spectacle permanent. Il ne faut pas s’étonner si, à la fin, le public l’élimine comme un vulgaire candidat de la Star Ac.”

Une saturation : de lui et du clivage

“Nicolas Sarkozy paie le prix d’avoir été pendant cinq ans, et tous les jours, sur le devant de la scène. Les Français ont une certaine saturation médiatique à son égard. Ils ont besoin et envie de calme, d’apaisement, d’impavidité” à la tête de l’Etat. Le politologue Roland Cayrol ne dit pas autre chose : “Nicolas Sarkozy a recherché sans cesse le clivage. Jusque dans sa campagne, qu’il a basée sur la dénonciation des corps intermédiaires. L’électeur attendait un minimum d’esprit et de souci de rassemblement, venant d’un Président sortant.”

Une impopularité record

“Dès janvier 2008, neuf mois après son élection, Nicolas Sarkozy est entré dans la zone rouge de l’impopularité, d’où il n’a jamais pu ressortir” , dixit le sondeur Jean-Luc Parodi (Ifop). Du coup, il a entamé sa campagne avec une popularité à un niveau plancher : 36 % de satisfaits seulement, soit encore moins que les 40 % de popularité de Giscard en 1981, qui constituaient le record d’impopularité pour un Président sortant briguant un second mandat.

Nicolas Sarkozy n’a donc jamais eu le statut de favori. Mais celui, moins confortable, de challenger.

Sa réputation d’efficacité écornée

La perception de son bilan a influé négativement sur son image d’efficacité. Plusieurs sondages l’ont montré, ces derniers mois. Interrogés sur le présidentiable le plus à même d’apporter des réponses à leurs problèmes, les Français plaçaient le Président sortant derrière les Hollande, Bayrou et autres Mélenchon.


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