Sarkozy y croit encore (?)

Malgré une flopée de sondages négatifs, le président sortant croit toujours à une réélection. Une victoire qui serait un véritable exploit pour le champion UMP malgré une remontée ces derniers jours.

Sarkozy y croit encore (?)
©AFP Internet / afp.com
Bernard Delattre, Notre correspondant à Paris

Vous verrez une grande surprise. Cela va se décider à très peu de chose : à l’épaisseur du trait”. Jusqu’à la clôture de la campagne officielle – à minuit, vendredi –, Nicolas Sarkozy a affecté de croire encore à sa victoire. Ainsi, a-t-il rappelé, deux jours avant le premier tour, des sondages créditaient François Hollande de six points d’avance sur lui. Plus modestement, le socialiste l’a devancé d’1,5 point : d’à peine 519 000 voix. Mais, pendant que Nicolas Sarkozy tenait et répétait ses propos volontaristes, les échos et confidences se multipliaient, sur un vent de panique qui se rapprocherait de la droite. “On est dans ce moment où l’ouragan va arriver et où tout est calme”, a ainsi confié un ministre jeudi soir, en privé.

L’issue du duel télévisé de mercredi semble avoir achevé de démoraliser nombre de sarkozystes, qui s’accrochaient à un dernier espoir : que leur champion le remporte. Or, la majorité des commentateurs – mais pas la totalité – ont jugé qu’il avait plutôt tourné à l’avantage de François Hollande.

Pour la droite, ce fut une deuxième désillusion après celle, déjà, du premier tour. Avant ce dernier, en effet, nombre de sarkozystes confiaient que, si leur candidat ne le remportait pas, c’en était fini pour lui. Ce qu’ont confirmé, d’ailleurs, certains experts. Ainsi, pour le politologue Jérôme Jaffré, “le seul chas de l’aiguille par lequel Nicolas Sarkozy aurait pu passer, c’est si une double conjonction s’était produite en sa faveur, au premier tour. Un score plus faible que prévu de Marine Le Pen, qui aurait augmenté son propre résultat. Et un score plus élevé que prévu de Jean-Luc Mélenchon, qui aurait diminué celui de François Hollande”. Mais c’est l’inverse qui se produisit.

Vendredi, les sarkozystes mettaient en exergue le fait que les derniers sondages montrent un resserrement des écarts entre les deux finalistes, au bénéfice de Nicolas Sarkozy. Mais les sondeurs doutent qu’un tel resserrement puisse déboucher sur un retournement de situation. Car cet ajustement est un classique de fin de campagne. “Lorsque l’écart est très – trop – favorable à un camp, il finit toujours par se réduire à la veille du second tour, pour arriver à un rapport de forces gauche-droite plus classique”, selon Gaël Sliman (BVA). Ainsi, en 2007, dans les derniers sondages, Ségolène Royal se redressa un peu face à Nicolas Sarkozy : remonta de 44-56 à 47-53 – ce qui fut le résultat final.

Pour conserver quelque espoir – en public, en tout cas –, le camp Sarkozy misait aussi sur une éventuelle participation plus forte au second tour qu’au premier. Ce n’est pas impossible, mais les sondages ne l’entrevoient pas. Enfin, quelque 10 % des électeurs se déclarent soit toujours indécis, soit susceptibles de changer encore d’avis d’ici à dimanche. “Il peut y avoir encore, là, quelques éléments de surprise”, pour le politologue Pascal Perrineau. Raison pour laquelle François Hollande a, jusqu’à la dernière minute vendredi, exhorté les électeurs de gauche à ne pas se démobiliser.

Reste que, depuis que le socialiste a été investi par son parti, en octobre 2011, quelque 290 sondages l’ont successivement donné vainqueur. Jeudi soir et vendredi, les cinq derniers sondages publiés l’ont, pareillement, donné gagnant : avec une avance allant de quatre à six points. C’est principalement dû aux reports de voix (des électeurs lepénistes et centristes) vers Nicolas Sarkozy : ils paraissent encore insuffisants pour qu’il puisse l’emporter.

Dans l’histoire des présidentielles, les instituts de sondages se sont si souvent trompés, et même parfois spectaculairement ? Certes. Mais ces erreurs ont quasi tout le temps concerné des premiers tours : ont porté sur le score de tel ou tel candidat et/ou l’ordre d’arrivée des prétendants. Les erreurs concernant les seconds tours, elles, ont été rarissimes. Et elles ont toujours et exclusivement porté sur les scores des finalistes, qui ont pu être corrigés (à la marge). En revanche, en près de cinquante ans d’élection du chef de l’Etat au suffrage universel, jamais les électeurs n’ont détrompé les sondeurs sur le nom du vainqueur final. “Un tel écart (autour de cinq points) a toujours été confirmé par les urnes”, répétait, jeudi soir encore, le sondeur Jérôme Sainte-Marie (CSA).

Dans ces conditions, Nicolas Sarkozy l’emporterait-il sur le fil dimanche soir, que ce serait une grande première, aussi historique que fameuse, dans toute l’histoire des scrutins élyséens.

© La Libre Belgique 2012


Ce dimanche, découvrez les premiers résultats dès 17h sur lalibre.be


Sur le même sujet