Le massacre de Houla horrifie

Le médiateur de l’Onu et de la Ligue arabe, Kofi Annan, est arrivé, lundi à Damas, pour des entretiens avec le président syrien el-Assad et son opposition. Il s’agit de relancer son plan de paix non respecté jusqu’ici.

Le médiateur de l’Onu et de la Ligue arabe, Kofi Annan, est arrivé, lundi à Damas, pour des entretiens avec le président syrien el-Assad et son opposition. Il s’agit de relancer son plan de paix non respecté jusqu’ici.

A son arrivée, M. Annan s’est dit "horrifié" par le massacre, vendredi, de 108 personnes à Houla, une ville près de Homs (centre), dont une trentaine d’enfants. "C’est un acte répugnant, aux conséquences profondes", a-t-il dit. Cette visite intervient , en effet, au lendemain de la condamnation du régime syrien par le Conseil de sécurité de l’Onu pour "une série de bombardements, par les tanks et l’artillerie, gouvernementaux contre un quartier résidentiel" de Houla. Ceux-ci ont également fait quelque 300 blessés. Selon le chef des observateurs de l’Onu, le général norvégien Robert Mood, les victimes de Houla ont été atteintes par des éclats d’obus ou exécutées à bout portant.

Damas nie "toute responsabilité" dans "ce massacre terroriste", et a annoncé une enquête de l’armée et de la justice syriennes. Selon le régime el-Assad, c’est l’opposition - "des centaines d’hommes armés à bord de pick-up chargés d’armes lourdes" - qui a perpétré le massacre dans un quartier "protégé par les troupes gouvernementales", utilisant pour la première fois "des missiles antichars" pour attaquer les postes militaires. Les troupes gouvernementales "étaient en position d’autodéfense" et ont seulement "riposté".

Selon une source à l’Onu de l’AFP, après un "barrage d’artillerie" sur Houla, celle-ci aurait été investie par des "miliciens" alaouites, la communauté à laquelle appartiennent les principaux dirigeants syriens.

Selon l’opposition syrienne citée par Reuters, l’armée syrienne et des miliciens prorégimes installés à des barrages routiers autour de Houla ont ouvert le feu sur des manifestants anti-Assad. L’Armée syrienne libre aurait répliqué avant que l’artillerie gouvernementale ne se mette en action. Les miliciens du régime sont alors entrés dans le quartier où des dizaines de personnes auraient été exécutées à coups de machette ou par balles.

Le Conseil de sécurité a exigé, dans sa résolution adoptée dimanche soir à l’unanimité, que Damas cesse immédiatement d’utiliser des armes lourdes dans les villes rebelles et retire ses forces de ces villes - conformément au plan Annan.

Après avoir longtemps résisté, Moscou a également adopté la résolution, mais a appelé les pays occidentaux à "viser la mise en œuvre du plan Annan, pas le changement de régime". Et d’estimer que, "manifestement", "les deux parties" syriennes étaient impliquées dans le massacre de Houla. Le représentant de Moscou à l’Onu a souligné que "la majorité" des victimes avaient été tuées à l’arme blanche ou "exécutées à bout portant".

Téhéran et Pékin, qui soutiennent Damas comme Moscou, ont condamné le massacre tout en estimant qu’il fallait identifier les responsables. Pékin a donc exigé une enquête, tout comme la Suisse, selon laquelle il pourrait s’agir d’un crime de guerre. Berne estime que le Conseil de sécurité devrait "envisager dès à présent de demander à la Cour pénale internationale d’enquêter sur les crimes commis en Syrie par toutes les parties".

Le chef démissionnaire du Conseil national syrien (CNS, opposition), Burhan Ghalioun, a, lui, appelé dimanche "le peuple syrien à mener la bataille de la libération et de la dignité en comptant sur ses propres forces, sur les rebelles déployés à travers le pays et sur les brigades de l’Armée syrienne libre".

Celle-ci avait annoncé samedi qu’elle ne respecterait plus le plan Annan, "à moins que le Conseil de sécurité de l’Onu ne prenne des décisions d’urgence pour protéger les civils", conformément "au chapitre VII" de la Charte des Nations unies, qui autorise l’usage de la force. Même point de vue chez les Frères musulmans, influents dans l’opposition syrienne, qui critiquent la déclaration "creuse", "assassine et destructrice" prise par le Conseil de sécurité, "au lieu d’adopter une résolution sous chapitre VII". MFC (avec AFP, Reuters)