Intervenir en Syrie, "personne n'a envie", mais...

Les massacres se répètent et s'intensifient en Syrie. Or, certains pays restent opposés à toute intervention internationale armée dans le pays. LaLibre.be a interrogé Jean-Baptiste Beauchard, doctorant français en droit international, pour un décryptage de la situation.

V. Van Vyve et J. Legge
Intervenir en Syrie, "personne n'a envie", mais...
©AFP

Au moins 39 personnes, dont 15 soldats, ont encore péri ce mercredi en Syrie, où de violents affrontements ont opposé l'armée à des rebelles à l'aube près de Damas et dans de nombreuses autres régions du pays, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

De plus en plus de membres du Conseil de sécurité de l'ONU se disent horrifiés de ce qu'ils voient et entendent. De nombreux pays occidentaux, tout comme la Turquie et le Japon, ont d'ailleurs annoncé l'expulsion des diplomates syriens de leurs capitales. Mais tous les pays ne l'entendent pas de cette oreille. La Russie, par exemple, a dit regretter la mesure "contreproductive" prise par les Occidentaux.

Cet imbroglio diplomatique va-t-il trouver une fin ? S'oriente-t-on vers une intervention armée ? LaLibre.be a interrogé Jean-Baptiste Beauchard, doctorant français en droit international, membre de l’alliance géostratégique (AGS) et vice président du Cercle des chercheurs sur le Moyen-Orient (CCMO), pour tenter de répondre à ces questions.

Les dirigeants occidentaux n'excluent plus l'option d'une intervention militaire et le font savoir depuis le massacre de Houla. Peut-on parler d'un vrai changement de cap ?

Il y a un changement notable dans le discours. D'une phase purement diplomatique, régie par plan Annan, on passe à une menace militaire.

L'échec du plan Annan signifie-t-il la faillite de la tactique diplomatique ?

Non, car on n'attendait pas grand chose de ce plan. Mais il fallait essayer la voie diplomatique avec un plan concret incluant notamment la Ligue arabe, les Russes, les Chinois. Maintenant, ça va devenir de plus en plus compliqué de rester sur un programme purement diplomatique.

On l'a vu dans ce dossier, la Russie et la Chine sont des acteurs clé qui refusent toute intervention militaire internationale coordonnée. Que peut-on attendre de ces pays ?

Plus le dossier avance, plus les éléments se retournent contre le régime et, paradoxalement, plus les Russes et les Chinois se renferment sur leurs positions. De temps à autres ils laissent sous-entendre qu'ils ne soutiennent pas le régime. Mais ça ne veut pas dire grand chose. Les Chinois s’alignent sur les Russes et ces derniers n'ont pas du tout l'intention d'infléchir leurs positions.

Peut-on quand même envisager une intervention militaire en Syrie, même si Russes et Chinois opposent leur veto lors du Conseil de sécurité des Nations unies ?

C'est juridiquement et stratégiquement possible d'intervenir. Mais, si la décision n'émane pas du Conseil de sécurité, ça jetterait un grand discrédit sur la légitimité de cette intervention. Par contre, en cas de débordement du conflit syrien en Turquie, ce pays pourrait déclencher l'article 5 de la Charte de l'Otan, ce qui engendrerait, par solidarité, une intervention en Syrie. Et cette action offrirait alors toute légitimité, en l'absence même du vote au Conseil de sécurité.

Vers quelle solution se dirige-t-on : va-t-on continuer à financer l'armement des opposants au régime ou une intervention internationale armée est-elles envisageable ?

C'est la question qui va être au coeur des négociations dans les semaines à venir. Selon moi, les Occidentaux ne voudront pas poursuivre sur la voie d'un financement permettant un armement des opposants. Face à un régime qui ne recule devant rien, qui se permet toutes les exactions imaginables, les chancelleries occidentales se posent la question de l'intervention militaire. D'ailleurs, je ne serais pas étonné qu'au sein des états-majors, des plans soient déjà en train de se concocter pour intervenir.

Justement, si intervention il devait y avoir, dans quels délais se situerait-elle ?

Dans quelques mois. Mais personne n'a envie d'y aller. Cependant, on se rend compte qu'il n'y aura aucune transition en douceur et que les Russes ne vont pas faire pression outre mesure sur le régime syrien pour que les massacres cessent. Il faudrait qu'il y ait une multiplication des exactions, comme on a vu ces derniers jours avec des crimes massifs, pour qu'une intervention militaire se dessine.