L'armée syrienne continue à pilonner

Au total, 108 personnes, dont une cinquantaine d'enfants, ont été tuées à Houla et 300 autres blessées selon les observateurs de l'ONU.

AFP
L'armée syrienne continue à pilonner
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L'armée syrienne a repris mercredi son pilonnage de la localité de Houla, théâtre d'un massacre dénoncé par la communauté internationale, la violence ne connaissant aucun répit en Syrie avec la mort de 62 personnes malgré les mises en garde internationales.

La principale coalition de l'opposition, le Conseil national syrien (CNS), a accusé la Russie d'encourager le régime de Bachar al-Assad à commettre des "crimes sauvages" après les critiques de Moscou contre les sanctions diplomatiques prises en Occident pour protester contre l'escalade en Syrie.

A Genève, l'adjoint de l'émissaire international pour la Syrie Kofi Annan, le Français Jean-Marie Guéhenno, a dit après s'être adressé par visioconférence au Conseil de sécurité de l'ONU, attendre des "gestes concrets" du régime sur l'arrêt des violences, la libération des détenus et l'accès humanitaire.

Alors que la communauté internationale ne parvient pas à se mettre d'accord sur la marche à suivre, la répression menée par le régime contre la révolte populaire lancée en mars 2011 et les combats entre soldats et rebelles continuent de plus belle en Syrie, faisant 62 morts, selon des militants.

L'armée bombardait à l'artillerie lourde en soirée Houla, où 108 personnes ont été massacrées vendredi et samedi, a indiqué le CNS en appelant les observateurs de l'ONU à se rendre dans cette localité du centre de la Syrie et à (...) protéger les civils qui s'y trouvent encore".

Les quelque 300 observateurs de l'ONU déployés en Syrie n'arrivent pas à faire respecter un cessez-le-feu préconisé par le plan Annan, entré théoriquement en vigueur le 12 avril mais systématiquement violé.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a affirmé que "les habitants fuient vers d'autres villages de la région de Houla, par peur de nouveaux massacres", faisant état de colonnes de fumée s'élevant au-dessus du village de Taldo, cible de bombardements.

Au total, 108 personnes, dont une cinquantaine d'enfants, ont été tuées à Houla et 300 autres blessées selon les observateurs de l'ONU. D'après un responsable de l'ONU, une partie a été victime d'éclats d'obus, ce qui implique la responsabilité du gouvernement, et une partie à l'arme blanche, "ce qui désigne probablement les +chabbiha+", les miliciens pro-régime.

Ailleurs dans le pays, 62 personnes ont péri mercredi, en majorité des civils tués par les forces du régime, a indiqué l'OSDH.

La veille, 98 personnes ont été tuées, dont 13 exécutées sommairement à Deir Ezzor (est). Le chef des observateurs de l'ONU, le général Robert Mood, s'est dit "profondément perturbé" par cette découverte.

En 14 mois de violences, plus de 13.000 Syriens ont trouvé la mort, en majorité des civils, selon l'OSDH.

En représailles au carnage de Houla, le Japon et la Turquie ont emboîté le pas à de nombreux pays occidentaux en annonçant l'expulsion des diplomates syriens de leurs capitales.

Le Panama a annoncé mercredi la suspension "temporaire" de ses relations diplomatiques avec Damas.

Les autorités syriennes ont répliqué en ordonnant le départ de la chargée d'affaires des Pays-Bas, l'une des dernières diplomates occidentales en poste à Damas.

La Russie a regretté la mesure "contreproductive" des Occidentaux car, a-t-elle dit, "les canaux importants d'influence sur le gouvernement syrien (...) sont désormais fermés".

Au Conseil de sécurité de l'ONU, les divisions ont resurgi, l'ambassadeur allemand Peter Wittig ayant dit souhaiter que le massacre de Houla "ouvre les yeux" d'alliés, comme Moscou et Pékin, du régime Assad. Le représentant russe Vitaly Tchourkine a fait valoir que l'opposition syrienne ne respectait pas non plus le plan Annan et refusait tout dialogue avec Damas.

Le président français François Hollande, qui reçoit vendredi son homologue russe Vladimir Poutine, a fait part de son ambition d'infléchir la position russe. M. Hollande a relancé le débat sur une intervention militaire mais sous mandat de l'ONU, une condition rédhibitoire car Pékin et Moscou s'opposent à une telle opération.

Quoi qu'il en soit, au lendemain de la visite de M. Annan en Syrie, M. Guéhenno a estimé qu'"après 15 mois de violences, seuls des signaux forts auront un impact (...) Le gouvernement de Syrie doit faire d'importants pas pour convaincre non seulement la communauté internationale, mais, ce qui est encore plus important, le peuple syrien, qu'il est prêt à prendre une nouvelle direction". L'adjoint de M. Annan a également appelé l'opposition à renoncer à la violence.

Le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU tiendra une session spéciale vendredi sur la situation en Syrie. Mercredi soir, lors d'une vidéoconférence entre le président Obama et ses homologues français, allemand et italien, "les dirigeants ont aussi discuté des récents événements en Syrie et du point de vue qu'ils partagent sur l'importance de mettre fin à la violence du gouvernement contre son propre peuple et sur l'urgence de parvenir à une transition politique", selon un communiqué de la Maison Blanche.

Par ailleurs, un des deux adjoints de Kofi Annan, Nasser al-Qidwa, ancien ministre palestinien des Affaires étrangères, est toujours indésirable à Damas, une mesure jugée "inacceptable" mercredi par le représentant adjoint de la France à l'ONU, Martin Briens.