Syrie : une insurmontable impasse

Un ultimatum qui échoit, une énième intimation au cessez-le-feu, une prière... Mais rien ni personne ne semble pouvoir venir à bout de la crise syrienne. Les grandes puissances ne s'harmonisent pas.

V.B.
Syrie : une insurmontable impasse
©AP

Rien ne semble en mesure de changer la situation en Syrie. Ni l’intimation du secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon au président syrien Bachar al Assad d’appliquer le plan Annan. Ni l’appel lancé par le chef des militaires rebelles Riad al Assaad à l’émissaire international Kofi Annan à reconnaître l’échec de son plan de pacification. Ni l’expiration, ce vendredi matin, de l’ultimatum lancé par le commandement de l’Armée syrienne libre au-delà duquel celui-ci estimerait "ne plus être tenu par aucun engagement lié au plan Annan" et être de son devoir de défendre les civils.

Ni même l’appel de l’opposition à manifester ce vendredi en hommage aux 49 enfants massacrés la semaine dernière à Houla. Ni celui de la télévision officielle à prier pour les victimes du carnage, ainsi que pour tous les martyrs du pays. Ni encore la mise en garde de l’ambassadrice des Etats-Unis à l’Onu, Susan Rice, selon laquelle "en cas d’escalade de la violence, le conflit va s’étendre et s’intensifier [ ] , des pays de la région y seront impliqués et les violences prendront de plus en plus la forme d’un affrontement interreligieux."

Rien ne semble pouvoir produire l’étincelle qui conduira au cessez-le-feu tant escompté. Pas même encore la tenue d’une session spéciale, ce vendredi, du Conseil des droits de l’homme de l’Onu sur la détérioration de la situation de ces droits en Syrie et sur les tueries de Houla. Ni encore l’évocation d’une intervention militaire par le nouveau président français François Hollande, censée mettre la pression sur la Russie et la Chine.

Sur ce dernier point, les deux grandes puissances qui continuent de soutenir Damas ont clarifié les choses ce jeudi : "La position de la Russie est bien connue, elle est équilibrée, constante et absolument logique", a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. "Dire que cette position changera sous la pression de qui que ce soit n’est guère correct", a-t-il ajouté.

De son côté, "la Chine est opposée à une intervention militaire en Syrie et est opposée à un changement de régime par la force", a dit le porte-parole du ministre des Affaires étrangères Liu Weimin.

Washington a accusé la Russie et la Chine d’être "du mauvais côté de l’histoire" dans la crise syrienne. La chef de la diplomatie américaine Hillary Clinton a averti jeudi Moscou que sa position peut faire basculer la Syrie dans la guerre civile.

Rien donc ne semble en mesure de troubler le bourdonnement effrayant des armes lourdes des forces armées syriennes, ni le ronronnement sournois des armes légères ou blanches des milices terroristes - de quelque côté qu’elles viennent. Rien, du moins pas dans l’immédiat.

Face à la pression montante, et à l’approche d’un sommet Russie-Union européenne (UE) dimanche et lundi à Saint-Pétersbourg, l’ambassadeur russe auprès de l’UE Vladimir Tchijov a appelé jeudi les dirigeants occidentaux à faire preuve de retenue. "Je voudrais espérer que les leaders européens et d’autres pays feront preuve de sang-froid et d’une capacité à évaluer la situation avec lucidité", a-t-il déclaré au cours d’une visioconférence depuis Bruxelles. Il faut "éviter la voie dangereuse de l’escalade voire de l’intervention militaire", a-t-il ajouté.

La Russie, très critiquée pour avoir empêché une condamnation du régime syrien au Conseil de sécurité de l’Onu, a jugé mercredi "prématurée" toute nouvelle action de l’Onu contre la Syrie et a condamné le renvoi "contre-productif" des ambassadeurs syriens dans un nouveau bras de fer avec l’Occident après le massacre de Houla.

Plus que jamais, la crise syrienne est dans l’impasse.