Lutter contre l’esclavage moderne

"Des centaines de milliers de personnes sont victimes d’exploitation chaque année dans l’Union européenne", selon la Commission européenne.

Stéphanie Grofils
Lutter contre l’esclavage moderne
©n.d.

L’exploitation sexuelle, le travail forcé, la servitude domestique sont autant de formes que peut prendre l’esclavage moderne, qui mine l’Europe. Pour contrer ce fléau, la Commission européenne a présenté mardi une série de mesures en vue de renforcer la lutte contre la traite des êtres humains. "Des centaines de milliers de personnes sont victimes d’exploitation chaque année dans l’Union européenne", selon la Commission européenne.

"C’est terrible de voir aujourd’hui des êtres humains mis en vente, contraints au travail forcé, au vol ou à la prostitution", a déploré la commissaire européenne en charge des Affaires intérieures, Cecilia Malmström. Près de 81 % des victimes sont des femmes ou des fillettes asservies à des fins sexuelles ou exploitées pour des tâches domestiques, regrette-t-elle encore. "Nos actions visent à aider les victimes et à traîner les trafiquants devant la justice. Nous en sommes encore loin, mais nous ne pouvons avoir qu’un seul objectif : éradiquer la traite des êtres humains", a-t-elle affirmé. Une belle ambition, alors qu’aucun chiffre précis du problème n’a été établi par l’Union européenne, "car les Etats ne fournissent pas assez de statistiques", a déploré Cecilia Malmström.

Selon l’Organisation internationale du travail, 1,5 million de personnes sont contraintes à diverses formes d’esclavages dans les Etats de l’Union et dans les autres pays développés (USA, Canada, Australie, Japon, Norvège), soit 7 % des 20,9 millions de victimes de la traite dans le monde, dont 5,5 millions sont des enfants. Mais très peu de criminels sont arrêtés et condamnés, faute de preuves et de témoignages, a souligné Cecilia Malmström. La Suédoise a épinglé une augmentation du phénomène en Europe, mais une diminution des condamnations (1 500 en 2008, contre 1 250 en 2010), d’après les données de la Commission. "La traite des êtres humains est un crime et il est scandaleux que si peu de condamnations soient prononcées", s’est insurgée Cecilia Malmström.

La stratégie à long terme (2012-2016) présentée mardi afin d’"éradiquer" la traite des êtres humains, doit compléter une législation adoptée en 2011 qui rend les crimes répréhensibles de façon identique dans toutes les juridictions d’Europe.

Cette nouvelle stratégie mise sur la prévention, la protection et le soutien des victimes, ainsi que sur la poursuite des trafiquants, à travers une quarantaine de mesures "concrètes et pratiques", a souligné Cécilia Malmström. Et fixe cinq priorités :

1Sur les victimes : créer un mécanisme européen destiné à mieux détecter, orienter, protéger et aider les victimes d’un trafic, avec une attention particulière accordée aux enfants. Et fournir une information claire aux victimes sur leurs droits (à une assistance, à des prestations de santé, à un permis de séjour, et en matière de travail).

2La prévention : instituer une coalition européenne des entreprises contre la traite des êtres humains afin d’améliorer la coopération entre le secteur privé et les parties concernées. Et créer une plate-forme européenne des organisations et des prestataires de services de la société civile travaillant dans le domaine de l’assistance aux victimes et de leur protection dans les Etats membres et dans certains pays tiers.

3La poursuite judiciaire accrue des trafiquants, en demandant aux Etats membres de mettre en place une unité de police nationale spécialisée dans le trafic des êtres humains.

4Une meilleure coordination: créer des unités communes d’enquêtes, et associer Europol (qui lutte contre la criminalité organisée) et Eurojust (qui vise à améliorer la coordination des enquêtes et des poursuites judiciaires entre les Etats membres) à tous les dossiers de traite d’êtres humains revêtant une dimension internationale, afin de faciliter le partage des informations et d’améliorer la qualité des enquêtes.

5Augmenter la connaissance et les réponses effectives au trafic d’êtres humains, en soutenant les projets de recherche qui examinent l’Internet et les réseaux sociaux comme outils de recrutement de plus en plus populaires pour les trafiquants.

Cecilia Malmström demande également de frapper les trafiquants au portefeuille, sachant que la traite des êtres humains génère près de 32 milliards d’euros de profits par an. "La mise en place d’une stratégie ne suffit pas. Ces mesures dépendent de la volonté politique qui existe dans les Etats et des ressources qu’ils décident de consacrer à la lutte contre ce trafic", a-t-elle conclu.


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