Morsi promet un gouvernement ouvert

Le Président élu veut un Premier ministre en dehors des Frères, qu’il a quittés... Coptes, "martyrs" de l'ancien régime et l'ensemble des principaux partis, Morsi veut dialoguer avec tout le monde.

Vincent Braun
Morsi promet un gouvernement ouvert
©AFP Internet

Mohammed Morsi cherche à rassurer. Depuis qu’il est devenu le premier président démocratiquement élu d’Egypte, l’ex-candidat des Frères musulmans consulte tous azimuts avant de lancer la formation d’un nouveau gouvernement. Se voyant président de "tous les Égyptiens", il "adresse des messages d’assurance" à l’ensemble de la population, comme dit le quotidien indépendant "Al Masri Al Youm".

Le nouveau président, qui prêtera serment samedi, a rencontré jeudi les dirigeants des principaux partis pour pouvoir établir "une large base populaire", a souligné le Président, élu avec à peine 52 % des suffrages (et des électeurs). Les jours précédents, il s’était entretenu avec des représentants de la communauté chrétienne copte (qui pèse de 8 à 10 % des 80 millions d’habitants), d’Al Azhar (la plus prestigieuse institution du monde sunnite), mais aussi avec les familles des "martyrs" de l’ancien régime, et des militants connus pour leur rôle dans la révolution.

Cette disposition au dialogue s’explique notamment par les ralliements de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle. "Sa victoire était serrée, et elle s’est forgée grâce au soutien d’une bonne partie des forces révolutionnaires et libérales. Celles-ci devraient être représentées [au gouvernement] ", commente le spécialiste Clément Steuer, membre du Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales (Cedej) au Caire. Quatre vice-présidents devraient seconder M. Morsi, dont un copte et une femme, afin de représenter d’autres sensibilités au plus haut niveau de l’Etat.

Le nouvel exécutif, le Président a déjà annoncé qu’il s’agira d’une coalition, une équipe ouverte à d’autres courants et "composée en majorité de techniciens". Le poste de Premier ministre ne sera pas réservé aux Frères, mais à "une personnalité nationale et libérale". Officiellement, il s’agit de montrer que la confrérie a besoin des autres partis "pour pouvoir mener toutes les réformes".

Pour Clément Steuer, "il s’agit de rassurer sur la volonté d’hégémonie de la confrérie, déjà mise à mal par sa décision de présenter un candidat à la présidentielle, contrairement à ce qu’elle avait annoncé. Sur l’inexpérience politique des Frères, il s’agit de rassurer les investisseurs et les milieux d’affaires", ajoute le chercheur. Car outre la démocratisation de sa vie politique, l’Egypte a pour principal défi le redressement de son économie, sérieusement mise à mal depuis la révolution en raison des tensions et des violences. Le nom de Mohammed El Baradei, ancien prix Nobel de la paix, est cité, tout comme celui d’Hazem El Beblaoui, ancien ministre des Finances d’un gouvernement de transition.

Pour donner davantage de gages, le président Morsi a abandonné la présidence du Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ) et a quitté les Frères musulmans. Un double retrait auquel il s’était engagé vis-à-vis de ses opposants, qui voyaient mal un président de la République recevant des ordres du guide suprême de la Confrérie. Mais, même en l’absence de tout lien formel, d’autres subsisteront. "D’autant que la socialisation chez les Frères est relativement poussée. On ne rompt pas comme ça avec la confrérie, ne serait-ce que les traces que cela laisse en termes de formation, notamment intellectuelle. Sans parler des liens affectifs et sociaux", précise encore Clément Steuer.

D’autres menaces planent sur la transition démocratique. Le maréchal Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA), pourrait retrouver le poste de ministre de la Défense, qu’il a occupé durant vingt ans sous la présidence d’Hosni Moubarak. De quoi entretenir la confusion entre les pouvoirs exécutif et législatif, puisque le CSFA s’est arrogé ce dernier jusqu’à la tenue des prochaines élections législatives. La dissolution de l’Assemblée du peuple, à la suite d’une décision de justice, avait poussé le conseil militaire à cette manœuvre juste avant le second tour de la présidentielle.

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