Un accord de sortie de crise mort-né ?

Les violences ont fait au moins 21 morts dimanche en Syrie et les explosions continuaient à résonner à Damas, les forces du président Bachar al-Assad continuant de bombarder des localités à la périphérie de la capitale, selon des opposants.

Les violences ont fait au moins 21 morts dimanche en Syrie et les explosions continuaient à résonner à Damas, les forces du président Bachar al-Assad continuant de bombarder des localités à la périphérie de la capitale, selon des opposants.

Samedi à Genève, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu, la Turquie et des pays représentant la Ligue arabe se sont accordés sur les principes d’une transition en Syrie, où la révolte contre le président Bachar al-Assad tourne à la guerre civile.

L’accord prévoit un gouvernement de transition qui "pourra inclure des membres du gouvernement actuel et de l’opposition et d’autres groupes, et doit être formé sur la base d’un consente ment mutuel", a expliqué l’émissaire international Kofi Annan, architecte de la réunion, en précisant que l’avenir de M. Assad serait l’affaire des "parties syriennes".

Des opposants ont qualifié dimanche cet accord d’échec, tandis que les violences sur le terrain ont rappelé qu’il serait difficilement applicable.

Des personnalités du Conseil national syrien (CNS), principale coalition d’opposants, se sont exprimées. Burhan Ghalioun, ancien chef du CNS et actuel membre du bureau exécutif, a dénoncé sur sa page Facebook une "farce", ironisant sur le fait que les Syriens doivent négocier avec "leur bourreau, qui n’a pas cessé de tuer, torturer (...) ou violer des femmes" depuis le début de la révolte en mars 2011. "Le peuple syrien n’a qu’une seule option maintenant : mener une guerre de libération populaire", a-t-il ajouté.

Plus mesurée, Bassma Kodmani, porte-parole du CNS, a trouvé "quelques éléments positifs" dans le texte mais a regretté que le plan d’ensemble reste "trop vague pour entrevoir une action réelle et immédiate".

Les Comités locaux de coordination (LCC), qui organisent la mobilisation sur le terrain, ont estimé que les "tournures obscures" employées dans l’accord permettaient au régime "de jouer avec le temps" .

Alors que les autorités ne s’étaient pas encore prononcées sur l’accord de Genève, la presse officielle syrienne a elle aussi parlé d’"échec". "Aucun règlement de la crise n’aboutira s’il n’est pas basé sur l’avis du peuple syrien, source de la légalité. Les Syriens sont capables d’engager un dialogue national où il n’y a pas de place pour les pays voisins et les autres pays plus lointains, en particulier ceux qui incitent à tuer les Syriens", selon le journal du parti au pouvoir, al-Baas.

Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, a également estimé que la réunion n’avait "pas été un succès", essentiellement parce que la Syrie et "des nations (comme l’Iran) ayant une influence sur les événements dans ce pays", n’avaient pas été invitées.

Les membres du Groupe d’action eux-mêmes ont divergé sur l’interprétation de l’accord, les Etats-Unis estimant qu’il ouvrait la voie à l’ère "post-Assad" tandis que la Russie et la Chine, alliées du président Bachar al-Assad, réaffirmaient qu’il revenait aux Syriens de choisir leur avenir.

Désormais, le Conseil de sécurité devrait être saisi pour donner plus de poids au texte, qui prévoit ensuite l’application du cessez-le-feu officiellement en vigueur depuis le 12 avril, ainsi que la nomination de représentants du gouvernement et de l’opposition pour préparer la transition. En plus de 15 mois de révolte, la répression et, depuis quelques mois, les combats entre armée et rebelles, ont fait plus de 15 800 morts, en majorité des civils, selon l’OSDH, basée au Royaume-Uni et s’appuyant sur un réseau de militants et de témoins. (AFP)