Torture : "Vous espérez mourir"

"Après quelques jours, c’était comme si mon cerveau avait cessé de fonctionner. Je ressentais une douleur comme je n’en ai jamais ressentie de toute ma vie." Les témoignages s’enchainent au fil des 84 pages du rapport.

Caroline Grimberghs
Torture : "Vous espérez mourir"
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"Les gardes m’ont accrochés par les poignets pendant 8 jours, m’empêchant de dormir. Après quelques jours, c’était comme si mon cerveau avait cessé de fonctionner. Je ressentais une douleur comme je n’en ai jamais ressentie de toute ma vie. C’était atroce. Je criais qu’ils devaient m’emmener à l’hôpital et les gardes riaient …" : des témoignages comme celui d’Elias, l’ONG Human Rights Watch en a compilé 200, arrivant à la conclusion que le régime syrien imposait la torture systématique à ses prisonniers.

Le réseau de ces centres de détention pratiquant la torture est appelé le "Mukhabarat". Il réunit les 4 agences de renseignements du pays. Pour mener à bien leur entreprise de torture systématique, les stades, écoles, hôpitaux sont réquisitionnés. HRW relève plus de 20 techniques de tortures différentes et se fait un devoir de les décrire dans toute leur horreur. Pour que les choses soient dites au monde. ‘J’ai cru que c’était fini’, ‘un enfant de 8 ans, à mes côtés, a été battu’, ‘Nous empêchant de dormir ou de nous allonger, de nombreux détenus devenaient fous, commençaient à halluciner’, ‘Pendant 61 jours, je ne me suis pas lavé une seule fois’, ‘J’étais allongé la face contre terre, deux personnes me frappaient. L’un d’eux s’est assis sur mon cou. A ce moment-là, vous préférez mourir. Vous espérez mourir’: les témoignages s’enchainent au fil des 84 pages du rapport.

Un officier ayant fait défection raconte : ‘la torture la plus douce consiste à frapper les détenus avec des bâtons sur les jambes et les bras et les priver de nourriture et d’eau (…) Il arrive aussi que les détenus soient placés dans des cercueils. On les menace de les tuer puis on les y enferme. (…) On leur balance de l’eau bouillante, on les fouette (…) On place des clous sous leurs pieds puis on les frappe, les obligeant à se réceptionner dessus. J’ai également entendu des menaces de leur couper les parties génitales’.

Les abus sexuels font partie des mesures de torture imposées aux prisonniers : viols, pénétrations avec des objets, nudité forcée prolongée, électrochocs sur les parties génitales, etc. Bain d’acide, menaces sur la famille, cellules surchargées ne permettant parfois pas au détenu de s’asseoir, aucun contact avec l’extérieur laissant les familles dans l’ignorance, aucune possibilité de recours judiciaire après avoir été relâchés : les horreurs s’enchaînent, plus terribles les unes que les autres. ‘Les passages à tabac sont fréquents, mais rarement jusqu’à la mort’ explique Walid, un membre de la police anti-émeute. HRW rapporte pourtant que 575 personnes auraient déjà perdu la vie en détention depuis mars 2011. Les familles désireuses de récupérer les corps durent, dans de nombreux cas, signer des documents indiquant que leur proche avait été tué par des ‘bandes armées’ et dans lesquelles elles s’engageaient à ne pas organiser de funérailles publiques.

HRW a essentiellement obtenu les témoignages de jeunes hommes entre 18 et 35 ans mais précise avoir également entendu des femmes, des enfants ou des personnes âgées ayant subis les mêmes traitements. Des activistes locaux parlent de plus de 600 enfants et 300 femmes détenus et torturés. Hossam, 13 ans, raconte : "Ils nous hurlaient ‘espèce de cochons, vous voulez la liberté ?’, nous battaient, nous posaient des électrodes sur l’estomac. Quand j’ai commencé à pleurer, ils m’ont ramené dans ma cellule".