Le mariage homo à l'Eglise, "oui, mais..."

Les homosexuels peuvent se marier devant l’Eglise luthérienne d’Etat. Les évêques sont divisés sur la question, certains pratiquants scandalisés.

Slim Allagui Correspondant en Scandinavie
Le mariage homo à l'Eglise, "oui, mais..."
©AFP

Le 1er octobre 1989, le Danemark autorisait pour la première fois dans le monde le mariage homo à la mairie, appelé pudiquement "partenariat enregistré", ouvrant la voie dans nombre de pays qui ont suivi son exemple. Près de vingt-trois ans plus tard, le 15 juin 2012, après des années de débats, souvent houleux, qui ont divisé les milieux politiques et religieux, et de pressions répétées des associations pour l’égalité des sexes, les homosexuels et les lesbiennes peuvent se marier à l’Eglise évangélique-luthérienne d’Etat.

Mais la loi instaurant ce mariage religieux, adoptée le 7 juin à l’initiative du gouvernement de centre-gauche, au nom de "l’égalité devant l’amour aussi", et entrée en vigueur le 15 juin, continue de faire couler beaucoup d’encre. Car les législateurs n’ont pas voulu contraindre l’Eglise à l’appliquer à la lettre, laissant libre choix aux pasteurs d’accepter ou de refuser de tenir des cérémonies de mariage homo.

Les dix évêques du royaume scandinave sont eux-mêmes partagés sur cette question qui dérange et qui continue à susciter des débats. Deux d’entre eux, un homme et une femme, ont refusé de participer à l’élaboration d’un nouveau rituel contraire à leurs convictions théologiques.

Un nouveau rituel, accepté le mercredi 1er août par le ministre du Culte Manu Sareen. Où le mot aegteskab (mariage) a disparu, occulté par une formule atténuée, vielse af to af samme koen (cérémonie de mariage de deux - personnes - du même sexe). Et la phrase rituelle traditionnelle "Voulez-vous prendre pour mari (femme)" prononcée par le pasteur, a été remplacée par "Voulez-vous prendre pour époux ?"

Des nuances certes très fines, mais qui ont leur importance dans le débat, et qui découlent d’un compromis difficile à trouver parmi les évêques, dont certains exigeaient même que le mot "époux" devienne "compagnon pour la vie".

Certes, la majorité des Danois est en faveur du mariage des homosexuels, qui ont obtenu peu à peu au cours des 22 dernières années quasiment tous les mêmes droits que les couples hétérosexuels. La bénédiction à l’église leur a même été accordée en 1997 et un certain nombre de pasteurs ont même marié secrètement les homos dans leurs paroisses.

Mais l’officialisation du mariage religieux par force de loi et le vif débat qui l’a précédée ces derniers mois ont perturbé une frange de la population très pratiquante, notamment celle de l’ouest du pays. Quelque 6000 personnes ont demandé à être effacées des registres de l’Eglise d’Etat au cours du premier trimestre, en hausse de 69 % par rapport à la période correspondante de 2011.

"Le grand débat sur le mariage homo a joué certainement un rôle dans cette défection", selon la chercheuse en religion Marie Vejrup de l’université d’Aarhus, estimant que certains déserteurs pensent que l’Eglise est devenue "trop moderne" à leurs yeux dans son attitude face à l’homosexualité.

Pour le président du Parti chrétien-démocrate, non représenté au Parlement, Per Oerum Joergensen, "le Parlement viole la liberté de religion et donc la Constitution car c’est la première fois qu’il s’ingère dans la question de rituels religieux qui ne sont pas de son ressort".

"Nous sondons le terrain actuellement avec un avocat les possibilités d’intenter un procès collectif contre l’Etat au nom de toutes celles et ceux qui se sentent bafouées dans leur foi par cette loi", a-t-il déclaré à "La Libre".

Et "nous sommes nombreux", ajoute Per Oerul Joergensen, "d’autant que selon un sondage récent d’Epinion de Danmarks Radio, un membre sur dix de l’Eglise d’Etat (environ 450000 personnes) envisage de quitter l’Eglise officielle (quelque 80 % des Danois y sont inscrits et paient un impôt spécial à cet effet) en raison du mariage religieux des homosexuels".

L’association des homosexuels et des lesbiennes, est, quant à elle, "aux anges", selon son porte-parole pour les questions de politique du culte, George Hinge. "Nous avons enfin gagné la dernière bataille de l’égalité avec les hétérosexuels". Et de préciser : "Le mariage religieux des homosexuels est reconnu par la loi et c’est une grande victoire".