Le verdict contre les Pussy Riot sévèrement jugé par les Occidentaux

Le département d'Etat américain a dénoncé un verdict "disproportionné" et s'est dit "préoccupé" par "l'impact négatif sur la liberté d'expression en Russie".

Le verdict contre les Pussy Riot sévèrement jugé par les Occidentaux
©AP
AFP

La condamnation à deux ans de camp pour "hooliganisme" des jeunes femmes du groupe de rock russe Pussy Riot a suscité de vives critiques aux Etats-Unis et en Europe, où des manifestations ont eu lieu pour dénoncer leur procès.

Le département d'Etat américain a dénoncé un verdict "disproportionné" et s'est dit "préoccupé" par "l'impact négatif sur la liberté d'expression en Russie". Paris a également fustigé une sentence "particulièrement disproportionnée", notant toutefois que "la procédure n'est pas terminée, les voies de recours en Russie et à Strasbourg n'ayant pas été épuisées".

La chancelière allemande Angela Merkel a critiqué une peine de prison "démesurée" qui "n'est pas en harmonie avec les valeurs européennes d'Etat de droit et de démocratie pour lesquelles la Russie s'est prononcée en tant que membre du Conseil de l'Europe". "Une société civile dynamique et des citoyens engagés politiquement sont une condition nécessaire à la modernisation de la Russie et pas une menace pour ce pays", a ajouté la chancelière, ancienne citoyenne de l'ex-RDA communiste.

Auparavant, la chef de la diplomatie de l'Union européenne Catherine Ashton s'était déclarée "profondément déçue" par le verdict qu'elle avait jugé "disproportionné".

Cette affaire "est contraire aux obligations internationales de la Russie en matière de respect de la liberté d'expression", a estimé la Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères dans un communiqué.

Pour sa part, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) redoute une tendance dans plusieurs pays à limiter la liberté d'expression.

"Les charges de hooliganisme et de haine religieuse ne doivent pas être utilisées pour limiter la liberté d'expression. Des déclarations, aussi provocantes, satiriques ou sensibles soient-elles, ne doivent pas être restreintes ou supprimées et, dans aucune circonstance, elles ne devraient amener à la prison", a estimé la représentante pour la liberté de la presse à l'OSCE, la Bosnienne Dunja Mijatovic.

Plusieurs manifestations de soutien au groupe Pussy Riot étaient organisées en Europe.

A Paris, environ 200 personnes réunis près du musée Beaubourg ont accueilli par des huées l'annonce des attendus du verdict reconnaissant coupables de "hooliganisme" et d'"incitation à la haine religieuse" Nadejda Tolokonnikova, Ekaterina Samoutsevitch et Maria Alekhina.

Quelques jeunes femmes avaient le visage masqué par des cagoules de couleur, comme étaient apparues les trois jeunes Russes dans la vidéo tournée en février qui leur a valu d'être poursuivies par la justice.

Les Pussy Riot ont été reconnues coupables d'avoir "violé l'ordre public" et "offensé les sentiments des croyants" pour avoir chanté dans la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou une "prière punk" demandant à la Sainte Vierge de "chasser Poutine" du pouvoir.

Depuis l'interpellation des trois Russes, la mobilisation internationale, marquée par des appels de Madonna, du philosophe français Bernard-Henri Lévy ou de l'acteur et réalisateur américain John Malkovich, pétition à l'appui, n'a pas faibli.

A Londres, une cinquantaine de personnes s'étaient donné rendez-vous au Royal Court Theatre, au coeur de la capitale, qui avait mis en scène une mini-pièce intitulée "Pussy Riots, the final verdict", où des actrices ont rejoué les plaidoiries des trois jeunes femmes lors du procès.

A Bruxelles, une cinquantaine de personnes se sont rassemblées à proximité de l'ambassade russe. Certains manifestants arboraient des portraits de Vladimir Poutine, outrageusement maquillé et rebaptisé pour l'occasion "Vladimir Pussy". A Kiev, une militante du mouvement ukrainien Femen, Inna Chevtchenko, seins nus et armée d'une tronçonneuse, a scié une croix érigée à la mémoire de victimes de répressions staliniennes.

Et à Sofia, le monument des soldats de l'Armée Rouge a été la cible d'une action de manifestants qui ont décoré les soldats de la marque du groupe punk russe, une cagoule colorée.

A Barcelone (Espagne), une cinquantaine de jeunes se sont rassemblés près de l'église de la Sagrada Familia pour réclamer "la liberté pour Pussy Riot".

Et à Varsovie, une centaine de manifestants ont défilé quelques heures après la signature dans la capitale polonaise par le patriarche orthodoxe russe Kirill et le chef de l'Eglise catholique de Pologne Jozef Michalik d'un appel inédit à la réconciliation polono-russe.


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