Républicains: "Jeter Obama dehors"

Avec l’investiture mardi soir de Mitt Romney, le Parti républicain a formellement choisi, pour la première fois dans l’histoire américaine, un mormon comme candidat à la présidence des Etats-Unis.

Philippe Paquet
Républicains: "Jeter Obama dehors"
©AP

Analyse

Avec l’investiture mardi soir de Mitt Romney, le Parti républicain a formellement choisi, pour la première fois dans l’histoire américaine, un mormon comme candidat à la présidence des Etats-Unis. Il va sans dire que si l’ancien gouverneur du Massachusetts devait l’emporter contre Barack Obama, le 6 novembre, l’événement serait de taille sous cet angle déjà, et la consécration serait considérable pour une religion qui souffre toujours d’un problème d’image, sinon nécessairement en Amérique, du moins dans le reste du monde.

Comme il est de tradition, tout le parti, ou presque, s’est rallié derrière son candidat à la présidentielle, quand bien même les primaires avaient été l’occasion d’une lutte à couteaux tirés entre plusieurs prétendants. Même le très catholique Rick Santorum, qui avait été le dernier à sérieusement défier Mitt Romney au printemps, a fait l’éloge de son rival devant les délégués réunis à Tampa en Floride.

Aussi l’ex-gouverneur, qui avait eu tant de mal à franchir la barre des 1 144 voix nécessaires à sa désignation, a-t-il finalement obtenu mardi 2 061 votes sur les quelque 2 300 exprimés. Seuls les fidèles du député du Texas Ron Paul se sont risqués à accompagner de leurs huées les acclamations qui ont salué le triomphe de Romney.

Le candidat présentera son programme ce jeudi soir, dans un discours qui marquera l’apothéose de la Convention, mais les contours de sa "vision de l’Amérique" ont déjà été tracés par les orateurs qui se sont succédé à la tribune mardi et mercredi. Et c’est une conception très conservatrice de la société américaine que les ténors du parti ont cherché à promouvoir, un recadrage à droite qui contraste avec l’image que pouvait projeter le candidat républicain de 2008, John McCain, homme d’ouverture capable de ratisser au centre et de séduire les Démocrates conservateurs.

Les stratèges républicains semblent donc miser sur un retour aux sources et au credo de base du parti - tout en répudiant les applications pratiques les plus récentes comme le suggère l’absence notable, dans cette grand-messe, de George W. Bush. La nécessité d’apaiser les rebelles du Tea Party, sinon pour la présidentielle, du moins pour les législatives qui sont tout aussi importantes, est naturellement passée par là.

En assurant qu’il faut " jeter dehors " Barack Obama, le "speaker" de la Chambre des représentants, John Boehner, a donné le ton d’une campagne qui sera sans concessions. C’est ce que confirme la rupture de la trêve habituellement observée pendant les conventions. Jusqu’ici, les partis s’abstenaient de toute activité politique pendant les assises de leurs adversaires, mais cette fois le président sortant s’en est allé battre le rappel de ses partisans dans l’Iowa, dans le Colorado et en Virginie.

Si Mitt Romney a bâti sa candidature sur son aptitude à relancer l’économie américaine, à créer de l’emploi et à réduire le déficit public en sabrant dans les programmes sociaux (en commençant par la réforme de l’assurance-maladie de Barack Obama, pourtant inspirée de celle que l’ex-gouverneur mit en œuvre au Massachusetts), il entend rappeler, à Tampa, qu’il est aussi l’ardent défenseur des valeurs traditionnelles chrétiennes.

Sa femme, Ann, s’est chargée, mardi soir, en citant leur couple en exemple, de montrer combien le mariage et la famille étaient essentiels chez les Romney. Ce qui, pour un candidat modelé dans la libérale Nouvelle-Angleterre, était une habile façon de se soustraire à l’obligation de condamner explicitement l’avortement et l’union homosexuelle.