Le monde arabe s'embrase contre les USA

Le ministère tunisien de l'Intérieur a annoncé samedi l'arrestation de 75 personnes dans le cadre de l'enquête sur l'attaque de l'ambassade américaine la veille, alors que le chef d'un groupe salafiste jihadiste était recherché par la police.

Le monde arabe s'embrase contre les USA
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Quatre personnes ont été tuées, dont trois par balles, et 49 autres ont été blessées vendredi au cours de violents affrontements entre la police et des manifestants aux abords de l'ambassade, selon un dernier bilan officiel. "Soixante-quinze individus ont été arrêtés à ce jour et les recherches se poursuivent pour en arrêter d'autres", a dit le porte-parole du ministère, Khaled Tarrouche, sur Mosaïque FM.

Le ministère tunisien de l'Intérieur a annoncé samedi l'arrestation de 75 personnes dans le cadre de l'enquête sur l'attaque de l'ambassade américaine la veille, alors que le chef d'un groupe salafiste jihadiste était recherché par la police.

Il n'a pas précisé l'identité ni l'appartenance des personnes appréhendées. "Toute personne impliquée de près ou de loin dans les événements (...) devant l’ambassade américaine à Tunis sera punie", avait déclaré plus tôt le porte-parole de la sûreté nationale Mohamed Ali Aroui, interviewé par cette même radio.

Interrogé sur une descente de la police au domicile de Seif Allah Ibn Hussein (alias Abou Iyadh), chef du courant "Ansar al-charia" (Partisans de la charia), il n'a pas souhaité confirmer ou infirmer l'information. Cependant, un des partisans d'Abou Iyadh a confirmé cette descente en banlieue de Tunis.

"La police est venue vendredi soir au domicile d'Abou Iyadh, mais il n'a pas été arrêté parce qu'il ne s'y trouvait pas", a indiqué à l'AFP ce militant parlant sous couvert d'anonymat.

Entre-temps, l'armée a déployé des renforts autour de l'ambassade américaine, attaquée vendredi par des manifestants, salafistes pour la plupart, qui protestaient contre un film dénigrant l'islam et réalisé aux Etats-Unis.

De nombreux blindés et véhicules de l'armée étaient stationnés et d'autres patrouillaient autour du bâtiment, à l'intérieur duquel des experts de la police technique, des Tunisiens et des Américains, menaient l'enquête, a constaté un photographe de l'AFP.

Des engins de la protection civile procédaient encore samedi au nettoyage des lieux, alors que des habitants aidaient à enlever les débris de l'école américaine voisine, incendiée et saccagée par des protestataires. La police a fait usage de balles réelles lorsque les manifestants ont pénétré dans l'enceinte de l'ambassade, mis le feu à des véhicules en stationnement et incendié l'école américaine.

Le ministre de l'Intérieur Ali Larayedh, membre du parti islamiste Ennahda qui dirige le gouvernement, a de son côté dénoncé l'existence de "groupes qui ont incité à la violence et au pillage, profitant de la colère" provoquée par un film anti-islam.

"Ces groupes se servent des jeunes pour tenter d'imposer par la force un projet de société (...) rejetant les lois et les institutions", a-t-il dit. Le ministère des Affaires étrangères lui a assuré que les "agissements irresponsables" des manifestants n'auraient aucune répercussion sur les relations entre Tunis et Washington et promis des mesures adéquates pour la protection des représentations et personnels diplomatiques.

Des escarmouches ont par ailleurs eu lieu samedi entre des jeunes à la Cité Ettadhamen, un bastion salafiste en banlieue ouest de Tunis, a indiqué un témoin à l'AFP.

Des jeunes "s'en sont pris à coups de pierres à des salafistes (...) qui ont pris la fuite" selon un habitant. Des bus ont été endommagés et la circulation a été momentanément arrêtée, la police a patrouillé sans intervenir, selon la même source.

Opposition et ONG accusent régulièrement le gouvernement de complaisance envers la violence salafiste qui s'est manifestée après la chute du régime Ben Ali en janvier 2011.


Al-Azhar veut une résolution internationale contre les atteintes à l'islam Le grand imam d'Al-Azhar, la plus haute autorité de l'islam sunnite, a appelé samedi à l'adoption d'"une résolution internationale" interdisant toute atteinte à l'islam, après les violences qui ont suivi la diffusion d'un film islamophobe réalisé aux Etats-Unis. Cheikh Ahmed al-Tayyeb a souligné "la nécessité d'une résolution internationale (interdisant) de porter atteinte aux symboles de la religion musulmane", dans un communiqué adressé au secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon et diffusé par l'agence officielle égyptienne Mena. Le dignitaire musulman a ajouté qu'il fallait que cette résolution "criminalise les atteintes aux symboles musulmans et aux symboles des autres religions mondiales, après les agressions contre ceux qui ont provoqué des troubles à la paix mondiale et des menaces à la sécurité internationale". Cheikh al-Tayyeb a estimé qu'il était de la responsabilité de l'ONU de "protéger la paix mondiale de toute menace ou agression" afin que "ces évènements dangereux ne se répètent pas à l'avenir". L'imam d'Al-Azhar a dans le même temps appelé "les Egyptiens en ces moments difficiles à la sagesse et à la retenue", en condamnant "le fait de toucher à des innocents" et en soulignant la nécessité de protéger les missions diplomatiques. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté vendredi dans le monde musulman, notamment devant des chancelleries américaines, pour dénoncer le film qui dénigre le prophète Mahomet et les musulmans en les présentant comme brutaux et immoraux. Quatre manifestants sont morts en Tunisie, deux au Soudan et un au Liban. Les réactions déclenchées par ce film de piètre qualité, qui aurait été produit par un Copte (chrétien d'Egypte) habitant en Californie et tourné par un réalisateur de films pornographiques, rappellent la colère qu'avait provoqué la publication de caricatures du prophète Mahomet en 2006 par un journal danois.

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