Les tabloïds ne connaissent pas la crise

Ecoutes téléphoniques, publications de photos volées, les tabloïds anglais n’ont jamais été autant pointé du doigt depuis le scandale du "News of the World".

Sabrina Belaïba
Les tabloïds ne connaissent pas la crise
©AFP

Correspondante à Londres

Ecoutes téléphoniques, publications de photos volées, les tabloïds anglais n’ont jamais été autant pointé du doigt depuis le scandale du "News of the World". Une commission a été mise en place afin de mettre de l’ordre dans les pratiques journalistiques au Royaume-Uni. De quoi refréner l’ardeur de la presse tabloïde ?

Il suffit de regarder l’étal à journaux d’un kiosque à Londres pour s’apercevoir du large choix de quotidiens proposé au lectorat britannique. Parmi eux, les tabloïds, autrement dit les journaux à scandale, qui se portent très bien en terme de chiffre de vente. A l’instar du "Daily Mirror" qui distribue à 2,5 millions d’exemplaires par jour, alors que son concurrent direct, "The Sun", remporte tous les suffrages avec plus de 3,2 millions de tirages. Depuis la disparition du "News of the World" en juillet 2011, le quotidien, qui fait partie du même groupe de l’empire Murdoch, s’est depuis positionné aussi sur le marché dominical.

Grandes photos, titres accrocheurs, histoires sulfureuses : la formule plaît en Angleterre et au-delà. En revanche, les méthodes utilisées font beaucoup parler d’elles. Le plus gros scandale, celui des écoutes téléphoniques menées par le "News of the World", a fait l’effet d’une bombe outre-Manche. Arrestations, meurtres, suicides, tous les protagonistes de cette affaire se retrouvent aujourd’hui impliqués jusqu’au cou. (voir encadré). D’autres méthodes jugées peu conventionnelles sont employées par ces publications. Dont l’appel à la délation en échange de grosses sommes d’argent. Politique, sportif, membre de la famille royale ou simple anonyme, personne n’est épargné dans cette quête au scoop.

En 2005, le "Sun" publiait des clichés du prince Harry en tenue de nazi lors d’un bal costumé. La photo avait été prise par l’un des convives. Dernièrement, c’est nu, au terme d’une soirée de strip billard à Las Vegas, qu’Harry est apparu en une du même "Sun". Ces clichés ont été achetés 12 000€ selon le journal. Des représentants de la famille royale ont tenté, en vain, d’empêcher la publication des photos, faisant valoir que leur diffusion violerait le droit à la vie privée du prince. A la suite de quoi certains journaux se sont plaints d’avoir été bâillonnés par le Palais, alors que les Anglais ont vite pardonné les frasques du "vilain petit canard" de Buckingham Palace.

La presse britannique sait cependant faire preuve de retenue. Elle s’est abstenue de diffuser les photos de la princesse Kate seins nus, prises lors des vacances du couple princier dans le sud de la France. Par respect "de la vie privée" de William et Kate, les médias britanniques ont refusé de courir derrière le magazine people français "Closer", l’Italien "Chi" et le quotidien irlandais "Daily Star", qui ont publié les clichés. Parce que les tabloïds marchent sur des œufs depuis le décès de la princesse Diana à Paris en 1997, dans l’accident d’une voiture poursuivie par des paparazzi, avancent les observateurs. Mais d’autres dénoncent l’hypocrisie de la presse à scandale, qui est moins retenue par des principes déontologiques que par l’identité des protagonistes.

Quoi qu’il en soit, dans le métro londonien, il n’est pas rare de croiser des hommes d’affaires lisant à la fois le "Financial Times" et le "Sun". Une façon d’associer information et divertissement pour la société britannique conservatrice. Les tabloïds anglais sont aussi connus pour leurs engagements politiques et leur hostilité envers l’Europe. Lors de la guerre en Irak, le "Sun" avait représenté dans une édition spéciale en français, le président français Chirac en ver, suite à sa prise de position contre l’invasion du pays arabe.

La presse tabloïd n’a (presque) pas de limites. Car malgré le droit à la protection de la vie privée, elle parvient souvent à s’en sortir, jouant sur la notion "d’intérêt public" pour publier une affaire d’ordre privée. En jouant ainsi sur les mots, la presse à scandale écrit sur ce qui intéresse ses lecteurs. Et la recette de ce succès semble plaire.