DSK : deux longs mois à patienter

Confirmées, les poursuites pour proxénétisme aggravé? Réponse fin novembre. Si c'est le cas il pourrait risquer deux fois vingt ans de prison.

Bernard Delattre Correspondant permanent à Paris
DSK : deux longs mois à patienter
©AP

Autre temps, autres mœurs. Mercredi, l’avenir judiciaire de l’homme qui compta jadis parmi les plus puissants de la planète s’est joué dans une arrière-salle obscure, dénuée de la moindre fenêtre, en sous-sol d’un tribunal de province. C’est là, en effet, que la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Douai (Nord) a, à huis clos, entendu les avocats de Dominique Strauss-Kahn, ex-n°1 du Fonds monétaire international (FMI). Ils ont plaidé la nullité de la mise en examen (en mars dernier) de leur client, pour proxénétisme aggravé en bande organisée.

L’intéressé lui-même n’a pas assisté à l’audience. Il clame avoir toujours ignoré qu’aux parties fines auxquelles il participa, à Lille, Paris ou Washington jusqu’en 2011, étaient présentes des prostituées, rémunérées à ce titre. Selon sa version, il était persuadé que les hôtes de ces soirées étaient tous des libertins financièrement désintéressés. En mars, l a défense de DSK avait qualifié sa mise en examen de "violente et inattendue". "Complètement incompréhensible !", a-t-elle redit, mercredi, non sans rabaisser le scandale présumé à "une affaire qui ne tient pas debout".

Les coïnculpés et amis nordistes de l’ex-patron du FMI ont confirmé sa bonne foi. Ce qu’ont mis en doute, cependant, des prostituées présentes à ces soirées. "Je n’ai jamais touché d’argent, je ne suis pas un proxénète !", a renchéri, mercredi, un des huit coïnculpés de DSK, dans ce dossier. Pour cet ex-chargé des relations publiques du "Carlton" (un des palaces, à Lille, qui ont accueilli ces soirées), "la montagne va accoucher d’une souris".

Les requêtes en nullité plaidées mercredi ont également mis en cause l’impartialité des juges, auxquels des mis en examen reprochent de ne leur avoir pas communiqué toutes les pièces du dossier. Le parquet a prôné le rejet de ces demandes, "non fondées". A ses yeux, "des indices graves ou concordants" justifient bel et bien le maintien de la mise en examen des requérants. La Cour se prononcera le 28 novembre.

A ce moment, elle pourra soit invalider les poursuites contre DSK et consorts, soit leur appliquer le statut de simples témoins assistés - non susceptibles d’être renvoyés devant un tribunal, puisque ne pèsent sur eux que des indices -, soit rejeter purement et simplement leurs requêtes en nullité. Auquel cas, et si ensuite l’instruction se conclut en sa défaveur, l’ex-n°1 du FMI serait renvoyé devant une cour d’assises. Où il serait passible, outre d’une amende astronomique (3 millions d’euros), de vingt ans de prison.

Une deuxième épée de Damoclès judiciaire est suspendue au-dessus de la tête de DSK. Et elle est pareillement lourde, puisque tout autant passible de vingt ans de prison.

C’est la peine encourue pour viol en réunion. Un crime dont a été accusé DSK, en marge de la procédure pour proxénétisme. Lors d’une soirée à Washington en décembre 2010, il aurait infligé des actes sexuels particuliers à une participante, prostituée belge, alors qu’elle lui aurait préalablement dit, "clairement et à haute voix", qu’elle n’y consentait pas. Là aussi, DSK dément. "Il n’y a eu aucun rapport brutal, aucune vision dégradée de la femme, et aucune violence", a dit l’ex-patron du FMI aux juges d’instruction.

Une enquête préliminaire a été ouverte et menée par le parquet de Lille. "Aucune suite - classement ou poursuites - n’a jusqu’à présent été donnée", a précisé le bureau du procureur, dernièrement. Démentant un écho de presse selon lequel l’on se dirigeait vers un classement de ce dossier.

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