"Les Occidentaux doivent rompre leurs relations avec l’Iran"

La complaisance à l'égard de Téhéran doit finir, affirme Maryam Radjavi. L'opposante iranienne appelle à la reconnaissance de la résistance. Entretien.

"Les Occidentaux doivent rompre leurs relations avec l’Iran"
©AFP
Vincent Braun

Maryam Radjavi peut savourer son succès. Avec le retrait des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI) de la liste américaine des organisations terroristes étrangères, la dirigeante du principal mouvement d’opposition iranien sait qu’elle franchit un pas important dans son combat contre le régime de la République islamique. Abattre celui-ci est la prochaine étape de la résistance qu’elle incarne, à la présidence du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), dont les Moudjahidine du Peuple constituent la principale composante.

Elle était mercredi au Parlement européen, à Bruxelles, pour demander aux autorités de l’Union "la fin définitive de la politique de complaisance avec les autorités criminelles en Iran et la reconnaissance de la résistance du peuple iranien contre le fascisme religieux et pour la liberté et la démocratie" . "La Libre" l’a rencontrée.

Que va changer concrètement ce retrait de la liste américaine, après celui déjà obtenu des listes européenne et britannique ?

Nous allons pouvoir développer nos activités dans le domaine financier, politique, social, diplomatique, et étendre nos réseaux en Iran. Nous pourrons aussi collecter des fonds plus facilement. Je pense que le peuple iranien aura aussi moins peur d’agir. Nous allons concentrer nos efforts sur la reconnaissance de la résistance iranienne par les pays occidentaux. Car cette désignation (de l’OMPI comme organisation terroriste, NdlR) était le pilier de la politique de complaisance à l’égard du régime des mollahs. Comme ce pilier est brisé, le rapport de force va changer entre ce régime et la communauté internationale.

Malgré ce retrait, les autorités iraniennes continuent à vous considérer comme des terroristes et à vous mettre la pression.

Je pense que le régime des mollahs risque d’augmenter la pression sur la résistance iranienne, car il sait très bien qu’elle représente la seule alternative au guide suprême. Les membres de notre mouvement qui sont dans les camps en Irak sont de ce fait toujours en danger (les 3 400 résidents du camp Ashraf ont presque tous été transférés au camp Liberty, dernière étape avant leur départ d’Irak, NdlR). Mais la communauté internationale surveille ce qui s’y passe. Une juridiction espagnole enquête sur des responsables de deux massacres à Ashraf. De ce point de vue, l’Irak sera désormais plus prudent parce qu’il y a des tribunaux internationaux, et notamment en Europe, qui vont les poursuivre s’ils commettent d’autres crimes.

Etes-vous pour le renforcement des sanctions internationales contre l’Iran ? Celles-ci font de plus en plus mal. L’idée est-elle de pousser le peuple à se révolter ?

Il faut accroître les sanctions car le régime des mollahs utilise ses moyens économiques pour organiser la répression, pour fabriquer la bombe atomique et pour exporter le fondamentalisme et le terrorisme au Moyen-Orient et dans le monde entier. Les sanctions, et spécialement les sanctions pétrolières, sont nécessaires. Ce sont elles qui vont fragiliser le régime des mollahs. Ensuite, le peuple devra le renverser. Tout cela est nécessaire mais pas suffisant. Il faut une politique ferme vis-à-vis des mollahs. Les pays occidentaux doivent rompre leurs relations politiques avec ce régime. Car jusqu’à présent, c’est lui qui a gagné du temps. Le régime des mollahs est en train d’aider la répression en Syrie. Et il est très proche d’obtenir la bombe nucléaire.

Israël clame de plus en plus haut qu’il faut des frappes militaires ciblées contre l’Iran.

Ce n’est pas la solution. L’Iran est un pays vaste, avec beaucoup de montagnes. Les installations sont cachées, enterrées. La solution concernant la crise nucléaire de l’Iran n’est ni la guerre ni les sanctions. La seule solution est un changement de régime par le peuple iranien et sa résistance organisée.

Votre objectif est-il de diriger un jour l’Iran ?

Nous voulons seulement la démocratie et la liberté pour le peuple iranien. Et je suis sûre que cela viendra. Notre responsabilité est de préparer cet Iran de demain. Nous voulons une république d’Iran démocratique, laïque, basée sur les valeurs humaines et les droits individuels, l’égalité entre les hommes et les femmes, la paix. Et surtout, un Iran non nucléaire. Il y a beaucoup de pétrole et de gaz. L’Iran n’a pas besoin du nucléaire.

Vous êtes persona non grata en Iran. Vous aimeriez y retourner ? Et y exercer les plus hautes responsabilités ?

Y retourner, absolument. Mais c’est au peuple de décider qui sont leurs représentants, qui sont ceux qui sacrifient leur vie pour les valeurs humaines, pour les valeurs authentiques du peuple iranien.

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