Antiterrorisme: la manière (trop) forte?

Les mesures de protection bénéficiant aux lieux de culte et associations juifs ont été renforcées, lundi. Après que les représentants de cette communauté, reçus à l’Elysée ce week-end, eurent dénoncé un regain des actes antisémites dans le pays, depuis l’"affaire Mohamed Merah" - du nom de ce jeune Toulousain qui, en mars, avait assassiné six personnes, dont quatre Juifs. Cette surveillance concerne notamment la synagogue d’Argenteuil (banlieue parisienne), qui, samedi soir, a été la cible de tirs à blanc.

Bernard Delattre

Correspondant permanent à Paris

Les mesures de protection bénéficiant aux lieux de culte et associations juifs ont été renforcées, lundi. Après que les représentants de cette communauté, reçus à l’Elysée ce week-end, eurent dénoncé un regain des actes antisémites dans le pays, depuis l’"affaire Mohamed Merah" - du nom de ce jeune Toulousain qui, en mars, avait assassiné six personnes, dont quatre Juifs. Cette surveillance concerne notamment la synagogue d’Argenteuil (banlieue parisienne), qui, samedi soir, a été la cible de tirs à blanc.

Dans la même région, à la mi-septembre, une grenade incendiaire avait été lancée dans une épicerie kasher. Ce week-end, la cellule d’islamistes présumés soupçonnée d’avoir commis cet attentat a été démantelée. Le coup de filet antiterroriste a conduit au placement en garde à vue de douze jeunes djihadistes présumés.

Lundi, le ministre (PS) de l’Intérieur, Manuel Valls, a qualifié de "très sérieuse" la menace que fait peser sur le pays la mouvance salafiste radicale. Mais il a été imprécis, voire confus, dans son évaluation du phénomène et de ses suites : "Il y a plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines, d’individus capables de s’organiser comme le groupe qui vient d’être démantelé. Il y aura sans doute, peut-être, d’autres arrestations."

A Strasbourg samedi, le leader présumé de ce réseau a été abattu lors de l’assaut donné à son domicile. Les proches de ce jeune contestent la version officielle : la légitime défense des policiers, sur lesquels le jeune aurait d’emblée tiré. Selon sa famille, les agents pourraient avoir fait un usage délibérément excessif de la force. Plainte pour homicide volontaire sera donc déposée contre la police par la famille, a-t-elle annoncé lundi.

Autre conséquence de cette opération, et du contexte intercommunautaire fiévreux : le consensus politique régnant habituellement sur ce thème de la lutte antiterroriste s’effrite.

Ainsi, lundi, l’UMP a reproché à la gauche d’avoir "perdu six mois" dans ce combat : en ayant refusé, avant l’élection présidentielle, de renforcer l’arsenal législatif antiterroriste, comme l’avait proposé Nicolas Sarkozy. La droite a aussi mis en garde contre le projet gouvernemental d’accroissement des investissements, dans les banlieues à forte population musulmane, d’Etats étrangers tel le Qatar. Ce qu’a également fait un ex-n°1 du contre-espionnage, Yves Bonnet, pour qui "il faudrait que ces gens cessent d’alimenter de leurs fonds un certain nombre d’actions préoccupantes", dans ces quartiers. Saisissant la balle au bond, le Front national a une nouvelle fois accusé le Qatar d’être à l’origine de "l’évidente subversion idéologique radicale qui empoisonne les banlieues françaises" - subversion qui, selon ce parti, a été mise en lumière, ce week-end.