Les Etats-Unis et l’Onu complices

Leur “absence” empêche les Palestiniens de se libérer de la domination d’Israël, d’après le Tribunal Russell. Au mépris total du droit international.

Les Etats-Unis et l’Onu complices
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Vincent Braun

Le Tribunal Russell sur la Palestine (TRP), qui s’est réuni pour la quatrième fois depuis sa création en 2010, a planté lundi à New York une série de banderilles dans le garrot des Etats-Unis et des Nations unies. Cette initiative citoyenne, qui n’a aucune nature juridictionnelle (voir ci-contre) mais qui base ses "jugements" sur le respect des règles juridiques internationales, accuse ces deux entités de complicité avec Israël dans le maintien d’une situation qui empêche le peuple palestinien d’exercer son droit à l’autodétermination. Le tout au mépris du droit international.

Le TRP avait précédemment réservé d’autres banderilles à l’Union européenne, à certaines entreprises multinationales et à l’Etat d’Israël, également déclarés coupables pour leur complicité dans le maintien ou l’organisation de cet état de fait.

Ce "tribunal", qui a rendu son "jugement" après avoir débattu et auditionné de nombreux témoins lors du week-end dernier, insiste sur le rôle déterminant des Etats-Unis, premier allié d’Israël et principal bailleur de fonds de l’Onu. Dans un communiqué publié lundi, le TPR considère que "le rôle du lobby pro-israélien est au cœur de la politique américaine sur le dossier palestinien, et donc de l’abus de son droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies".

Dernièrement, c’est la menace du veto américain qui avait tué dans l’œuf la demande de reconnaissance d’un Etat de Palestine comme membre à part entière des Nations unies déposée en septembre 2011 par le président Mahmoud Abbas.

"Le lobby israélien rend difficile la diffusion d’information sur ce qui se passe réellement en Palestine", a affirmé Angela Davis, ancienne militante pour les droits civiques aux Etats-Unis.

Le jury a encore souligné qu’en n’appliquant pas leurs propres résolutions concernant la Palestine, les Nations unies affaiblissent le droit international dans son ensemble.

Lors de cette quatrième session thématique, le jury du TRP a aussi déclaré Israël coupable de "sociocide". Bien que le terme n’ait pas encore de valeur légale, précise le tribunal citoyen, il est utilisé par les universitaires pour désigner la "destruction de la capacité d’une société à se maintenir dans le temps, et cela par la destruction de ses structures politiques et sociales, mais aussi par la destruction des éléments matériels et immatériels constitutifs de son identité partagée".

La précédente session du TPR, qui s’était déroulée en novembre 2011 au Cap (Afrique du Sud), avait déjà mis en lumière le rôle joué par Israël dans l’empêchement de la reconnaissance du droit à l’autodétermination du peuple palestinien. Le tribunal avait alors conclu qu’Israël " soumet le peuple palestinien à un régime institutionnalisé de domination considéré comme apartheid en vertu du droit international".

Sur le terres mêmes du plus célèbre régime de ségrégation de l’histoire récente, le tribunal affirmait que l’Etat hébreu entretenait une politique d’apartheid basée non sur des différences raciales mais sur "la coexistence de deux groupes dont l’un est dominant, et l’existence d’une séparation telle que le dominé n’a aucune manière de se défendre".

A l’heure où les citoyens du monde entier se lèvent pour dénoncer les injustices et les oppressions, le rôle déficient de la communauté internationale dans le dossier palestinien, tel que mis en lumière par le TRP, fait plus qu’interpeller.

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