Édito: Un rappel, un appel

En décernant à l’Union le prestigieux prix, le comité Nobel a voulu rappeler que le projet européen, unique en son genre - bien que mal défini, bien que mené cahin-caha - avait fait œuvre civilisatrice.

Édito: Un rappel, un appel
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La rengaine finissait par s’user d’avoir tant servi : "Grâce à la construction européenne, l’Europe vit en paix et en démocratie depuis près de 70 ans" . Ce n’est que partiellement vrai : les dictatures fascistes et communistes ont longtemps cohabité avec le projet européen sur le Vieux continent; la folie guerrière a déchiqueté les Balkans, il y a vingt ans, pendant dix ans.

De plus, en cette époque de crises profondes (économique, sociale et politique) l’argument porte peu auprès de ceux qui n’ont jamais connu que la paix et jugent l’Europe au mieux inefficace, au pire nuisible.

Mais en décernant à l’Union le prestigieux prix, le comité Nobel a voulu rappeler que le projet européen, unique en son genre - bien que mal défini, bien que mené cahin-caha - avait fait œuvre civilisatrice, contribuant largement à transformer en partenaires des ennemis séculaires, à propager la démocratie et les droits de l’homme.

C’est opportun. On aurait tort de croire la paix acquise à jamais. La montée des nationalismes et des extrémismes partout en Europe témoigne du risque, non négligeable, d’un retour de bâton.

Cela dit, bien plus qu’une récompense "pour l’ensemble de son œuvre", l’attribution du Nobel de la paix doit être perçu par l’Union, ses institutions et ses États membres, comme un appel à poursuivre le travail entamé. Parce que la paix se nourrit de la cohésion sociale, objectif broyé par la crise.

Parce qu’il ne suffit pas, non plus, de se contenter de vivre en paix entre soi. Ce prix exige de l’Union qu’elle fasse preuve de plus de cohérence et de volontarisme pour exporter ses valeurs à ses frontières et au-delà.

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