Le M23 "dirigé par" l’Etat rwandais

Malgré les dénégations de Kigali, le Rwanda "poursuit son appui" à cette dernière et indique que les dirigeants du M23 "reçoivent directement des ordres militaires" du chef de l’armée rwandaise, ressort-il d'un rapport de l'ONU.

Le M23 "dirigé par" l’Etat rwandais
© AP
MFC (avec Reuters)

L’agence Reuters a eu accès à un nouveau rapport d’experts de l’Onu sur la mutinerie du M23. Il indique que, malgré les dénégations de Kigali, le Rwanda "poursuit son appui" à cette dernière et indique que les dirigeants du M23 "reçoivent directement des ordres militaires" du chef de l’armée rwandaise, le général Charles Kayonga, qui "agit lui-même sur instruction du ministre de la Défense" rwandais, le général James Kabarebe.

Le rapport indique que des unités militaires du Rwanda et d’Ouganda ont aidé le M23 à étendre son contrôle territorial au Nord-Kivu. Selon ce texte, "les officiels rwandais exercent le commandement général et la planification stratégique pour le M23", tandis que "des commandants de l’armée ougandaise ont envoyé des troupes et des armes pour renforcer des opérations spécifiques du M23 et ont aidé le M23 dans ses efforts pour recruter et se procurer des armes en Ouganda".

Kinshasa a demandé mercredi au Conseil de sécurité des sanctions contre le Rwanda et l’Ouganda.

Le rapport assure par ailleurs que le général congolais Bosco Ntaganda contrôle la rébellion sur le terrain et que le chef du M23, le colonel Sultani Makenga, est chargé de la coordination avec les groupes alliés, écrit Reuters - sans dire quels groupes.

Cette assertion semble contradictoire avec ce que La Libre Belgique a appris depuis le printemps. Le M23 est issu d’un "coup d’Etat" à l’intérieur de la rébellion CNDP, essentiellement tutsie, coup d’Etat qui a remplacé Bosco Ntaganda par le colonel Sultani Makenga, qui déteste notoirement le premier. Celui-ci a été longtemps le numéro deux de l’armée congolaise au Kivu; Kinshasa refuse de le livrer à la Cour pénale internationale (CPI), qui le réclame pour des crimes contre l’humanité. A l’issue de la condamnation de son complice Thomas Lubanga par la CPI, Bosco Ntaganda a cru que Kinshasa cèderait cette fois aux pressions internationales et a organisé une mutinerie, en avril, qui n’a pas remporté le succès escompté, notamment en raison des actions de Sultani Makenga. Puis, sur pression de Kigali, ce dernier a pris la tête des mutins le 6 mai, après limogeage de Ntaganda.

Quoi qu’il en soit, les informations reçues du Kivu par La Libre Belgique indiquent que le M23 commet bien plus d’exactions que son ancêtre CNDP. Il faudrait en trouver la raison dans le peu de soutien dont jouissent les mutins, cette fois, dans les régions tutsies. Il s’en prennent aux ressortissants de leur ethnie comme aux autres Kivutiens, rackettent les paysans - GSM, machettes, maïs, haricots... - ainsi que les marchands. "Le M23 téléphone aux commerçants et demande "l’effort de guerre". Si tu ne payes pas, on te tue ou on tue un de tes proches", dit une de nos sources. "C’est ce qui explique la vague de meurtres à Goma" ces dernières semaines, qui a fait une vingtaine de morts.

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