Le sud de la zone euro en ébullition

François Hollande préfère voir le verre à moitié plein. "Nous sommes tout près de la sortie de crise de l’euro", a déclaré le président français dans un entretien publié jeudi à plusieurs quotidiens européens. Oui, les règles budgétaires, adoptées ces deux dernières années, ont produit leur effet. "Les efforts d’austérité, en terme de chiffres, commencent à impressionner", constate une source diplomatique. Le déficit moyen de la zone euro, qui dépassait encore les 6% en 2010, a chuté à 3,2% aujourd’hui. En attendant, les citoyens des pays d’Europe du Sud, soumis à de drastiques cures d’austérité, ne partagent pas le même enthousiasme, eux qui ne voient pas le bout de tunnel et hurlent leur désespoir social.

Stéphanie Grofils

François Hollande préfère voir le verre à moitié plein. "Nous sommes tout près de la sortie de crise de l’euro", a déclaré le président français dans un entretien publié jeudi à plusieurs quotidiens européens. Oui, les règles budgétaires, adoptées ces deux dernières années, ont produit leur effet. "Les efforts d’austérité, en terme de chiffres, commencent à impressionner", constate une source diplomatique. Le déficit moyen de la zone euro, qui dépassait encore les 6% en 2010, a chuté à 3,2% aujourd’hui. En attendant, les citoyens des pays d’Europe du Sud, soumis à de drastiques cures d’austérité, ne partagent pas le même enthousiasme, eux qui ne voient pas le bout de tunnel et hurlent leur désespoir social.

Des dizaines de milliers de Grecs ont défilé jeudi à Athènes et Salonique pour tenter de convaincre les dirigeants européens que l’austérité imposée dans le Sud par la troïka - l’Union européenne (UE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE) - n’est plus tenable. Les syndicats grecs ont déjà pris rendez-vous avec ceux du Portugal et de l’Espagne - dont les populations ploient sous le poids de la rigueur budgétaire - pour de nouvelles grèves et manifestations, le 14 novembre prochain.

Certes, les marchés se sont montrés "cléments", dixit la même source diplomatique, depuis que la BCE a assuré en septembre qu’elle utiliserait le "bazooka" si nécessaire, pour éteindre toute flambée des taux, en rachetant massivement de la dette des pays en difficulté sur les marchés secondaires. Mais sur le terrain, la crise sociale persiste. , a déclaré le comité exécutif de la CES dans sa déclaration.Le taux de chômage s’est élevé à 11,4% en août 2012 dans la zone euro et approche ou dépasse les 20% en Espagne, en Grèce et au Portugal. Chez les jeunes, il est au-delà de 25 % dans douze pays européens - avec des pointes au-delà de 50% en Grèce et en Espagne, toujours. "L’Espagne et la Grèce sont en dépression, pas en récession. Et ceci est dû à l’austérité", a affirmé mercredi à New Delhi, l’Américain Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie en 2001.

Dans deux pays de la zone euro sur trois, les ménages encaissent un recul de leurs revenus, qui atteint jusqu’à 15,7% en Grèce, selon la dernière revue trimestrielle de la Commission européenne sur l’emploi et la situation sociale.

La Grèce "se trouve à la limite de ce que nous pouvons demander à notre peuple", a averti, il y a deux semaines, le Premier ministre grec, Antonis Samaras, pour qui la "cohésion de la société" grecque est "mise en danger par la montée du chômage". Et de tracer le parallèle avec l’effondrement de la République de Weimar qui précéda l’avènement du régime nazi. Au Portugal, la tension sociale est à son comble depuis que le gouvernement de centre-droit de Pedro Passos Coelho a déposé un projet de budget 2013 qui donne un nouveau tour de vis à la rigueur.

La troïka semble prendre conscience que la voie de l’austérité à tout crin est sans issue. Et, selon une source diplomatique, c’est aussi ce que la Commission dit tout bas. Le ton a changé. Le FMI semble avoir infléchi sa position. "Au lieu d’une réduction frontale et massive [des déficits], il est parfois préférable d’avoir un peu plus de temps", a déclaré la patronne du Fonds, Christine Lagarde, la semaine dernière à Tokyo, se posant là en faveur d’un délai de deux ans à la Grèce pour réduire ses déficits. L’Espagne comme le Portugal ont également obtenu de l’Eurogroupe un peu plus de temps pour atteindre leurs objectifs budgétaires.

Pour certains, ces constatations viennent un peu tard. "La troïka devrait présenter ses excuses" pour ce qu’elle a fait à la Grèce, a martelé Hannes Swoboda, chef du groupe des Socialistes et Démocrates au Parlement européen, lors du débat organisé par le think tank Friends of Europe, la semaine dernière.

François Hollande a souligné, jeudi, l’urgence de respecter le "pacte de croissance" décidé en juin. "Nous devons arriver à de bonnes décisions" alors que nous sommes dans "un environnement très dur sur le plan social, sur le plan économique", a plaidé le président français.

Cette déclaration d’orientation sur la croissance et l’emploi, avait été saluée par la gauche européenne, les syndicats, et le président du Parlement européen, Martin Schulz. Mais quatre mois plus tard, on ne voit pas encore la couleur de cette enveloppe de quelque 120 milliards d’euros consacrées à des "mesures immédiates de croissance". "Il faut passer de la parole aux actes", a insisté Martin Schulz jeudi, dans son discours adressé aux chefs des Vingt-sept. "Nous avons besoin à présent d’objectifs contraignants pour les Etats membres, en intégrant des obligations en matière de politique sociale et de politique de l’emploi et en nous dotant d’un budget de l’Union pour investir dans la croissance et l’emploi", a-t-il ajouté, avertissant que le Parlement européen "veillera à ce qu’un compromis équitable permette d’atteindre les objectifs" fixés en juin par les Vingt-sept.