L’Union, jouet de forces contraires

Pas facile pour certains dirigeants d’Etats membres de l’Union de discuter d’intégration européenne quand, dans le même temps, le sentiment antieuropéen gagne du terrain sur le front politique intérieur.

Un éclairage d'Olivier le Bussy
L’Union, jouet de forces contraires
©NV-A

Pas facile pour certains dirigeants d’Etats membres de l’Union de discuter d’intégration européenne quand, dans le même temps, le sentiment antieuropéen gagne du terrain sur le front politique intérieur. A fortiori lorsque l’actuelle crise économique, financière et sociale nourrit les poussées nationalistes, extrémistes et populistes en Europe.

Préoccupé par cette situation, le président du Conseil italien, Mario Monti, s’en est ouvert au Conseil européen, jeudi soir à Bruxelles, à l’entame du sommet. Dans la foulée, le Premier ministre grec Antonis Samaras a témoigné de l’expérience grecque : le parti ouvertement raciste Aube dorée - qui mène, littéralement, la chasse aux immigrés - occupe 18 sièges au Parlement.

Le chef du gouvernement belge, Elio Di Rupo, est intervenu dans le débat, insistant sur le fait que l’Europe devait mener une action déterminée pour trouver une parade à la crise, ce qui aurait comme effet collatéral de contrer la montée des partis populistes et indépendantistes. Suivez son regard.

Le Belge a appris, ou rappelé, à ses collègues qu’au Parlement belge siégeait près de 40 députés (27 pour la N-VA de Bart De Wever, 12 pour le Vlaams Belang, NdlR) qui ne souhaitent pas préserver l’unité de la Belgique. "C’était un peu maladroit", estime une source proche des débats. "Elio Di Rupo a donné aux autres chefs l’impression que le problème est plus grave qu’il ne l’est en réalité."

Le Premier a justifié sa sortie à la presse belge, aux petites heures de la nuit de jeudi à vendredi. "Ce n’est pas un secret qu’il y a chez nous un parti indépendantiste qui a gagné les élections (communales), notamment à Anvers", a-t-il déclaré. N’allant toutefois pas jusqu’à répondre par l’affirmative quand il lui fut demandé s’il trouvait la N-VA "dangereuse pour l’Europe".

Peut-on en effet comparer les partis démocratiques qui, en Flandre, en Catalogne, au Pays basque ou en Ecosse, défendent des causes indépendantistes avec des formations extrémistes comme Aube dorée, le Front national, le Parti de la liberté de Geert Wilders, le Jobbik hongrois ? "Ce n’est pas la même chose", juge Elio Di Rupo. Qui ajoute néanmoins : "Nous essayons de renforcer l’intégration européenne et ces partis, même s’ils sont différents, sont centrifuges alors que nous essayons d’être centripètes".

Centripètes ? C’est vrai, à des degrés divers, sur des sujets divers pour plusieurs pays de l’Union. On a toutefois pu constater, pendant le sommet, que tout le monde ne brûle pas de renforcer l’intégration européenne. Avec, dans le rôle de l’"usual suspect", le Britannique David Cameron. Vendredi, le Premier ministre conservateur s’est dit prêt "à mettre son veto" sur le cadre budgétaire européen 2014-2020, lors du sommet extraordinaire de la fin novembre, si ses demandes de réduction des dépenses ne sont pas suivies. "Le public britannique attend une approche sévère, une approche rigoureuse, et c’est exactement ce que nous obtiendrons", a martelé David Cameron.

Mais encore : le Royaume-Uni (qui n’a pas adopté la monnaie unique) soutient les pays de la zone euro dans leur entreprise de mettre en place une supervision bancaire intégrée. Cela dit, le cadre légal de cette supervision devant être approuvé à 27, Londres conserve le pied sur le frein, pour bloquer toute mesure qui nuirait à la place financière de la City.

Enfin, autre illustration de l’état d’esprit qui prévaut outre-Manche, on rappellera que lundi, la ministre britannique de l’Intérieur, Theresa May, avait rendu public le souhait du gouvernement de désengager entièrement le pays de la coopération policière et judiciaire européenne.

Bref, comme le déclarait la veille à Reuters le chef de la diplomatie finlandaise Alexander Stubb : "C’est comme si le bateau s’éloignait et qu’un de nos meilleurs amis nous disait bye-bye, sans qu’on puisse y faire grand-chose".

Sur un ton moins lyrique, une source diplomatique constate que David Cameron "est mis sous pression par les députés les plus eurosceptiques de son parti et par la montée de l’Ukip (le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni). Et plutôt que de résister à cette pression, il la subit, au risque de se faire embarquer plus loin qu’il ne le veut vraiment".

Pour autant, vendredi, le locataire du 10 Downing street s’est défendu de vouloir rompre les amarres qui relient son pays à l’Europe depuis 1973. "Quitter l’Union n’est pas dans notre intérêt national, parce que nous sommes une nation commerciale", a-t-il répété à la presse. Rester dans l’Union, oui, mais à ses conditions. "Suis-je content de ce statu quo ? Non. Je pense que nous avons besoin de changements", a précisé M. Cameron . "Il y a des occasions à saisir sur ce que j’ai appelé un nouvel accord enre la Grande-Bretagne et l’Europe". Comprendre : un "rapatriement" de compétences européennes vers Londres, que les citoyens devront approuver, vraisemblablement par référendum.

David Cameron a quitté Bruxelles en précisant qu’il ne serait pas d’un éventuel voyage des dirigeants européens à Oslo, en décembre, pour aller y chercher le prix Nobel de la paix décerné la semaine dernière à l’Union. Tout un symbole.