Un hiver meurtrier ?

Deux morts de froid dans la rue, en deux jours. Dimanche matin, en plein Paris, le corps sans vie d’un SDF a été découvert. Le lendemain, à Nice, le même constat macabre a été fait pour un de ses confrères d’infortune, par les militants des "Morts de la rue". Ce collectif, l’an dernier, a organisé des funérailles décentes pour 395 personnes décédées sur la voie publique : mortes de froid, de faim, de fatigue, de maladie, ou à la suite de violences. L’année 2012 risque d’être pire encore que 2011. Cette association a déclaré lundi avoir déjà comptabilisé 300 morts survenues dans ces conditions, depuis janvier.

Bernard Delattre

Correspondant permanent à Paris

Deux morts de froid dans la rue, en deux jours. Dimanche matin, en plein Paris, le corps sans vie d’un SDF a été découvert. Le lendemain, à Nice, le même constat macabre a été fait pour un de ses confrères d’infortune, par les militants des "Morts de la rue". Ce collectif, l’an dernier, a organisé des funérailles décentes pour 395 personnes décédées sur la voie publique : mortes de froid, de faim, de fatigue, de maladie, ou à la suite de violences. L’année 2012 risque d’être pire encore que 2011. Cette association a déclaré lundi avoir déjà comptabilisé 300 morts survenues dans ces conditions, depuis janvier.

La grande misère, chaque année plus visible, et la grave crise que traverse le secteur de l’hébergement d’urgence : cet hiver, pour la première fois, ce sera à la gauche de les gérer. Elle qui, ces dix dernières années, n’a cessé de vouer la droite aux gémonies, sur le sujet. Et c’est plus particulièrement la ministre du Logement, l’écologiste Cécile Duflot, qui est attendue au tournant.

Les Verts, en effet, ont toujours eu des liens quasi consanguins avec les associations de défense des sans-abri et de lutte contre le mal-logement. L’a encore illustré, aux dernières élections présidentielles, la présence, dans l’état-major de campagne de la candidate Eva Joly, de dirigeants de la remuante association "Jeudi noir" - qui squatta très médiatiquement plusieurs immeubles vides. Auparavant, avait rallié les Verts le leader des "Enfants de Don Quichotte" - qui, plusieurs hivers d’affilée, fit grand bruit avec ses campements de tentes de SDF installés en pleine ville.

La gauche associative soumet la ministre Duflot à fortes pressions. La Fondation Abbé Pierre l’a vilipendée pour, ces dernières semaines, n’avoir rien fait contre l’accélération des expulsions locatives (pour loyers impayés), à l’approche de l’entrée en vigueur (jeudi) de la trêve hivernale, interdisant ces expulsions. "Les morts de la rue" se désespèrent que les politiques en restent à "une gestion saisonnière" de la grande misère : "dans l’urgence, sans visibilité, ni solutions d’accompagnement durables". "Jeudi noir" trouve "minuscules" les 50 millions de rabiot budgétaire qu’a obtenus l’hébergement d’urgence, et juge que tout "cela ressemble à de la communication". La fédération de l’accueil et la réinsertion sociale réduit à "des peanuts" les 5000 places supplémentaires d’hébergement promises dans les cinq ans. A ses yeux, il en faudrait trois fois plus, vu la situation "dramatique" d’un secteur victime d’un engorgement "jamais vu depuis plusieurs décennies". En témoigne le fait qu’à Paris, chaque soir, restent sans réponse 400 des 1200 requêtes téléphoniques pour un hébergement d’urgence.

Irritée par ces critiques, la ministre Duflot, a, ce week-end, menacé de recourir, "s’il est nécessaire", à "l’arme atomique" (dixit la Fondation Abbé Pierre) de la politique du logement : la réquisition d’immeubles vacants. Car, "des bâtiments vides depuis des années, quand des familles sont à la rue, ce n’est pas acceptable". Mais c’est lent, lourd, compliqué juridiquement, et coûteux à faire appliquer.

Lundi, la droite a (comme le FN) hurlé à "la violation du droit à la propriété" - feignant d’oublier que les présidents de Gaulle et Chirac, jadis, eurent recours à la réquisition. Les associations ont salué cette perspective, mais semblent rester prudentes. "Nous attendons que le gouvernement dépasse le stade des belles déclarations", a ainsi commenté "Jeudi noir". "Et ce n’est pas gagné. Cécile Duflot précise que l’Etat réquisitionnera "si nécessaire". En est-on encore à se demander s’il est nécessaire de mobiliser des logements supplémentaires ?"